Si tous les voyages forment la jeunesse, certains perfectionnent les managers

C’est bien la première fois que je parlerai de mes vacances dans un espace dédié au travail. Trop bouleversant a été ce mois dans la province chinoise du Yunnan pour que je le taise. Pour que je ne partage mes réflexions qu’avec moi-même.

Je reviens au pays doublement amendé. D’abord, parce que je me sens différent d’avant. Ensuite, amendé dans le sens de l’expression « faire amende honorable ».

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Ce voyage m’a changé. J’ai toujours cru être ponctuel, discipliné, loyal à mes convictions, disponibles aux autres. Des maîtres en la matière ai-je rencontré là-bas.

Une anecdote parmi cent qui me sont arrivées : ça cogne à ma porte vers 22 heures. Une dame presque en pleurs. À coups d’apps de traduction – car exit l’anglais ou le français, l’univers est chinois et se suffit à lui-même – on finit par se comprendre : elle ne peut hélas nous dire adieu demain à notre départ après cinq jours à cette auberge où elle a été notre contact. Elle assimile son absence à de la trahison à l’égard de notre relation et se confond en excuses tout en présentant un sac de noix qu’elle est allée cueillir dans l’arbre de la maison familiale au village.

Tout est résumé. Sans poursuivre d’autres intérêts que celui d’une relation authentique et respectueuse envers soi et l’autre, les Chinois rencontrés tous les jours du voyage se comportaient ainsi, à quelques degrés de déclinaison près.

On nous donne rendez-vous à 10 heures, il nous attendra au lieu convenu bien avant l’heure, jamais après.

J’étais trop indulgent, ponctuel, je serai plus exigeant envers moi et les autres.

On s’entend sur un prix, il sera respecté au yuan près, voire négocié à la baisse, mais jamais de contre-surprises.

Réputé intègre, je reviens au boulot avec une plus grande conviction encore de la nécessité de se respecter.

On tente un pourboire, on se fait regarder de travers, comme si on venait un peu de salir le moment partagé.

Tout n’est pas monnayable, surtout pas nos valeurs.

Je n’ai jamais travaillé pour l’appât du gain, plutôt motivé à rendre service, à tenter d’être utile. Cette nation est ainsi faite : sa prochaine domination sur le monde entier me semble attribuable à une force zen telle l’eau, anodine si on s’en tient à son apparence molle, mais puissante comme le long Yang Tsé sans en avoir l’air.

La mentalité chinoise est fondée sur les vertus de la résilience, sa confiance s’est forgée au fait de n’avoir jamais été conquise, à l’exception de l’invasion mongole, naguère.

Une quincaillerie du Yunnan :  » L’étalage des produits de manière aérée avec des aires de circulation stratégiques, des bouts d’allées marketing, pas vraiment la tasse de thé des Chinois, semble-t-il. »

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Propre, affairée, besogneuse, concentrée, la Chine m’a aussi frappé par son avancée technologique.

Le 4G même sur la Grande Muraille alors que des pans de Lévis attendent encore l’arrivée de l’Internet haute-vitesse.

On a pris cinq vols domestiques. Chaque fois, à l’intérieur de maximum vingt-cinq minutes, tout était réglé : accueil, émission des billets, pesée et prise en charge des bagages, contrôle de la température corporelle et des objets interdits sur soi, etc. Cycle qui nous bouffe facilement 1 h 30 à 2 heures ici. Et chaque fois, l’avion décollait à la minute près pour atterrir à l’heure supposée à la minute près.

La signalisation interactive dans les métros et les trains a pour effet que même un non-parlant mandarin sait toujours où il est, ce qui s’en vient et les options possibles grâce à de l’information en temps réel tant visuelle que sonore. Et que dire de l’esthétisme : la ligne rose – car eux, ils l’ont déjà ! – elle est bel et bien rose, des wagons jusqu’au moindre accessoire.

Mais le top du top, c’est le WeChat : une version 8.0 de Facebook qui semble néanderthalien en comparaison. Dans la plus reculée boutique d’un village jusqu’au musée des plus moderne, l’application est utilisée pour payer toute facture, même à crédit automatique, obtenir de l’information sur un produit ou un service par codes QR, servir de GPS, de téléphone, de caméra, de vidéo, etc. Avec un milliard d’usagers et une interface multilangues, WeChat a pour effet qu’on reconnaît un étranger en Chine parce qu’il transige encore avec de l’argent papier ou des cartes de crédit en plastique.

« Chez les Yi, une des 55 ethnies minoritaires reconnues en Chine : les règlements sur le chauffage au bois à l’intérieur semblent assez relax. Cliquez sur l’image pour voir la vidéo.»

 

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Si on excepte l’incontournable arrêt à Beijing, un mois ou presque, sans voir un seul blanc (que les Chinois appellent les grands nez), un mois d’immersion chez les paysans hors du tourisme et du monde des affaires, près des ethnies minoritaires surtout, un mois certes submergé de beauté avec cette muraille, des temples, de la nourriture quasi céleste, et par-dessus tout, entouré de bonté et de sérénité, ça réforme un manager.

À tout seigneur tout honneur, je termine avec cette sagesse de Sun Tsu, auteur de «L’art de la guerre » et l’un des membres du trio éternel qui vécut dans le même pays à la même période il y a 2500 ans (les autres étant Confucius et Lao Tseu) :

« Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue : la doctrine, le temps, l’espace, le commandement, la discipline. Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. »

Les murs des maisons au Yunnan sont généralement faits de matériaux agglomérés avec de la boue… ou de la bousse! Ça fait très joli… et ça ne sent pas.

 

« Toutes les toitures des habitations, vieilles de mille ans ou en construction, suivent le même patron. Appréciez le bout de poutre sculpté. »

 

Difficile de résister de se mettre à table avec une entrée aussi design, mais défendu d’appeler ceci des pas japonais, car les Chinois ont la mémoire longue depuis la Deuxième guerre mondiale.

 

Quelqu’un rafistolerait un mur ainsi au Québec et on rirait de lui alors que là-bas, c’est non seulement acceptable, c’est super joli!

Chaque maison comporte sa propre « court yard » ou cour intérieure, souvent dotée, comme ici, d’un bassin où se plaisent des carpes japonaises, mais dont il faut encore taire l’origine.

Comme on le voit sur la vidéo (cliquez sur l’image), les travailleurs de la construction sont autant des travailleuses.

Un voyage sans guide, sans parler la langue, au bout du monde, c’est aussi l’occasion de pousser ses propres limites, comme déguster des scorpions bien frais.

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