L’obsolescence programmée et l’usage unique : à combattre pour un capitalisme durable

La lutte contre l’obsolescence programmée et le droit à la réparation font l’objet de pas moins de 25 projets de loi aux États-Unis et deux au Canada ont été introduits et proposés depuis 2017, dont le numéro 197 à l’Assemblée nationale, appuyé d’une pétition signée par plus de 45 000 citoyens du Québec. Le momentum est approprié pour que l’industrie de la quincaillerie aussi remette en question nombre de ses pratiques.

Que nos usines fabriquent des produits dont la durée de vie est estimée, par exemple une toiture pendant 25 ans, n’est pas un problème. Mais que certains manufacturiers prédestinent délibérément un matériau ou un article de quincaillerie à une vie raccourcie n’est plus un comportement accepté de nos jours.

Que nos quincailleries et centres de rénovation ne soient pas systématiquement dotés ni d’espaces spécialisés en réparation ni de zones où on peut acheter et échanger du matériel usagé pose un problème moral aux yeux d’un nombre grandissant de consommateurs.

Que les chantiers de construction laissent derrière eux autant de pertes de matériaux qui vont finir dans les écocentres pour être recyclés – ou non, au lieu d’être réutilisés, ou pire qui vont pourrir au dépotoir, prend l’allure d’un mauvais cirque, assimilé à un acte de gaspillage anti-bon citoyen.

L’AQMAT et ses membres doivent participer à trouver de nouvelles façons de réduire les pertes en durée de vie de matériaux et en valeur économique que représente chaque déchet évitable.

Nous devons contribuer à une utilisation plus efficace de nos ressources. Lorsque nos clients ne recyclent pas ou ne réutilisent pas les matériaux que nous fabriquons, distribuons et leur vendons, et que ces derniers se retrouvent dans des sites d’enfouissement ou aux poubelles, ce n’est pas juste une valeur écologique que nous jetons, c’est aussi une part de cohésion sociale et d’activité économique.

Le Canada sera l’hôte du Forum mondial de l’économie circulaire 2020. L’événement, le premier à se tenir en Amérique du Nord, sera l’occasion pour les innovateurs d’ici de travailler avec leurs homologues internationaux pour trouver des solutions novatrices qui permettront de transformer les matériaux destinés aux sites d’enfouissement en nouveaux produits et en possibilités commerciales inédites.

Contrairement au modèle d’affaires traditionnel qui consiste à « prendre, fabriquer et jeter », l’économie circulaire vise à produire, distribuer et consommer les produits de manière à conserver leur valeur et les ressources aussi longtemps que possible.

L’idée à poursuivre ne consiste pas juste à vouloir léguer aux générations montantes une planète et un environnement de vie plus propres, bien que ce soit suffisamment noble en soi comme postulat. Nous devons nous investir pour que notre économie soit plus forte. Et qui dit économie plus forte, tout comme pour un coureur à pied, dit plus résistante.

2020 marquera le 80e anniversaire de l’AQMAT qui entend agir en chef de file et en accompagnateur pour que ses membres tirent le mieux possible leur épingle du jeu consistant à négocier le virage vers la durabilité.

Ce ne sera pas facile. Déjà que le premier virage appelé numérique n’est pas encore maîtrisé par la plupart de nos 1 000 entreprises membres.

Pour se motiver, je souligne que la transition vers une économie circulaire, tout secteur d’activité confondu, a le potentiel de générer 4,5 mille milliards de dollars de bénéfices à l’échelle mondiale!

De toute façon, avons-nous vraiment le choix? La croissance à vitesse accélérée d’une classe moyenne partout sur la planète a pour effet que la demande mondiale de ressources matérielles devrait doubler d’ici 2060, provoquant une augmentation des impacts environnementaux sous la forme principalement d’émissions de gaz à effet de serre et de génération de déchets.

Nos manufacturiers, leurs distributeurs et leurs réseaux de vente doivent se hisser à l’avant-garde des technologies propres. Un plus grand nombre des innovations locales ne doivent produire aucun déchet, ce qui inclut l’enjeu de l’emballage ou devrais-je dire, du suremballage. L’AQMAT doit aider tout un chacun. Comment? Voici quelques pistes que nous étudierons :

  • en élevant le sujet au rang des priorités stratégiques pour notre secteur d’activité économique;
  • en tablant sur la solidarité de notre chaîne de valeurs, déjà unie dans le programme Bien fait ici pour aider à la synchronisation des mécanismes entre tous les acteurs;
  • en obtenant le soutien des gouvernements pour développer des outils aidant les fabricants à prendre le virage de la durabilité;
  • en créant un pilote avec un centre de rénovation aux pratiques exemplaires où son espace de vente et son bouquet de prestations sont enrichis de services de location, de vente ou de don de matériel usagé, où les produits suremballés font place à plus de vrac et de moins d’emballages jetables et où sont promues auprès de sa clientèle des politiques encourageant le recyclage et l’entraide;
  • en initiant une campagne de sensibilisation prônant auprès de nos entreprises membres l’écoconception, la non-obsolescence programmée, la réutilisation plutôt que le recyclage, le recyclage plutôt que le déchet;
  • en élargissant la campagne auprès des bricoleurs (DIYers) pour qu’ils participent à la réduction des articles de quincaillerie et des matériaux de construction réutilisés ou réellement recyclés plutôt que de se contenter d’avoir bonne conscience après une visite à l’écocentre.

Bref, parce que les technologies propres, les articles durables sans programmation de mort intégrée et le zéro déchet sont la prochaine vague d’innovation, les membres de l’AQMAT peuvent attendre de leur association et son porte-parole qu’ils soutiennent par un discours encourageant et des actions concrètes et conséquentes une économie du futur protégeant d’abord les entreprises qui se comportent en partie prenante de la société.

 

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