Les feuilles vont tomber, les prix resteront stables

La fête du Travail et avec elle, la reprise des classes sonne la fin de la récréation… pour les travailleurs de la construction. Avec les chantiers de logements neufs qui vont commencer à sortir du sol aux fins de voir leur intérieur se finir pendant l’hiver, plusieurs indicateurs nous permettent de croire à un automne moins en montagnes russes. Au grand bonheur des marchands, de leurs bannières, des entrepreneurs et des consommateurs.

Premier indicateur d’une meilleure stabilité: les manufacturiers et leurs distributeurs semblent de nouveau disposés à combler les attentes de leurs clients au lieu d’aller par allocations de volumes. Il faut dire que leur force de travail est de retour des vacances et que des efforts plus manifestes de réviser leur production s’expriment sous forme de réduction des gammes de produits pour se concentrer sur les produits les plus vendeurs et d’automatisation des gestes répétitifs sans valeur pour les employés, même risques d’accidents.

Deuxième indicateur, l’approvisionnement des marchandises est moins problématique que durant la pandémie. Certes, il n’y a pas plus de conteneurs qui naviguent sur le Pacifique, mais ils sont moins nolisés qu’avant pour nous apporter des gels, des masques et autres trucs de gestion COVID. Le CP et le CN sont encombrés et les compagnies de transport terrestre souffrent d’un manque d’employés elles aussi, mais aucun port majeur n’est sous le joug d’un conflit de travail. Bref, la variable transport nous pèse sans complètement nous paralyser. Et puis, le troisième lien viendra tout régler, non? Mon commentaire éditorial: il ne verra jamais le jour.

Troisième indicateur, le déclenchement de la campagne électorale, bien que prétexte à des promesses sans fond, est moins propice à des annonces à court terme de projets. En fait, tout l’appareil gouvernemental est placé en mode politique pour le mois qui vient, lequel sera suivi d’un temps plus ou moins long pour que s’installe un nouveau cabinet des ministres. Entre parenthèses, même si le parti de la CAQ forme le prochain gouvernement, l’identité des hommes et des femmes appelés à prendre les rênes comme ministres risque fort de changer tant il y a des dizaines de candidats au profil fort et à qui promesses ont sans doute été faites…

Quatrième indicateur, une inflation autour de 7,5 % à 8 % – au lieu de la cible idéale de 2 % – semble devoir nous accompagner toute l’année et au moins durant le premier semestre de 2023. Puisque l’argent ne pousse pas dans les arbres, les citoyens propriétaires vont prendre en considération ce coût supplémentaire pour les projets d’envergure. Ceux et celles qui envisageaient une construction neuve, encore plus que les autres, pourraient préférer rembourser leur dette avant d’alourdir celle-ci.

Cinquième indicateur, une prochaine augmentation du taux de base par la Banque centrale du Canada est devenue un secret de Polichinelle. Si cette xième hausse en un an aidera sans doute à juguler l’inflation, elle fera réfléchir les emprunteurs deux fois.

Enfin, le prix d’achat des matériaux représente une valeur notre négligeable. Une enquête maison fort simple, soit la comparaison des prix de détail pratiqués par cinq bannières différentes (voir tableau ci-dessous) montre que le bois, en général, se trouve à des prix plus bas, voire beaucoup plus bas qu’au printemps dernier alors qu’il était déjà un peu moins cher qu’en tout début d’année 2022.

On voit cependant que le placoplâtre n’a pas connu de fortes baisses de prix et que les isolants, a contrario, sont offerts à des prix plus élevés en septembre qu’en mai.

Ceci me conduit à croire que les variations importantes des prix sont choses du passé et que même si la situation se produisait de nouveau, il y a peu de chance qu’elle survienne en même temps et pour toutes les catégories de produits.

Je constate aussi que le rapport avec les entrepreneurs en construction change. Donneurs d’ouvrage publics, architectes, promoteurs immobiliers et propriétaires résidentiels semblent mieux comprendre que ni le « contracteur » ni le marchand ne peuvent absorber seuls de soudaines augmentations de leurs prix d’achat de marchandises. Les contrats dits « cost plus » ou en bon français de prix de revient majorés de frais de gestion se propagent, si non des clauses permettant de nouvelles discussions sur la base de partages transparents d’information financière.

Il y a de l’espoir.

Richard Darveau

Président

6 septembre 2022

Cliquez ici pour voir l’entrevue accordée à TVA hier, à la fête du Travail

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