La COVID-19 relance le débat sur les frais de cartes de crédit qui échappent au contrôle des marchands

Les quincailleries et centres de rénovation voient en général une augmentation de leur chiffre d’affaires depuis la crise sanitaire. En partie en raison de la fermeture de plusieurs commerces pendant de nombreuses semaines et en partie parce que, confinée, la population retrouve le sens du mot « cocooning » et le plaisir de bricoler. Mais qu’en est-il du revenu net aussi appelé profit?  

le blogue de richard darveauL’AQMAT entreprend une réflexion profonde sur les coûts engendrés directement par la pandémie et entend surtout alerter les médias et les autorités sur ceux qui risquent de peser longtemps sur les épaules des quincailliers.  

Au premier plan de notre analyse : le coût des cartes de crédit. Ces fameux frais dits d’interchange que tout commerce doit assumer lorsqu’un consommateur ou une entreprise paie avec une carte de crédit. 

On se souvient de deux-trois tristes vérités : 

  • le duopole Visa et MasterCard jouit d’un statut avantageux au Canada où c’est sur une base volontaire qu’ils peuvent ou non réduire les frais d’interchange exigés aux marchands alors que nombre d’autres pays ont encadré ces opérations en plafonnant les pourcentages exigibles de la part des commerces. On reviendra plus en détail sur ce sujet; 
  • le pourcentage que devra payer le marchand varie d’une couleur de carte à l’autre : plus la carte offre des primes, cadeaux, voyages, etc. à son utilisateur, plus élevé sera le pourcentage ponctionné sur le compte du marchand qui l’accepte. De ce fait, un commerce ne sait jamais exactement combien il va perdre sur une transaction; 
  • tous les cadeaux et points-boni récoltés par le propriétaire de la carte seront en fait payés par les marchands.

On sait aussi qu’on a le droit de refuser le paiement par carte ou par certaines cartes. Mais bien rares sont les quincailleries qui exercent ce droit, plus ou moins bien perçu par le consommateur. 

La question des frais d’interchange doit refaire surface et redevenir une priorité de négociation auprès du gouvernement fédéral par les grands groupes de lobbyisme que sont le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) et la Fédération canadienne d’entreprises indépendantes (FCEI) parce que la COVID-19 représente un point de bascule. Cela pour deux raisons, bien différentes l’une de l’autre. 

D’une part, le paiement en argent comptant a été éliminé ou en tout cas, fortement découragé. À tort ou à raison? Est-ce qu’un billet de banque véhicule le virus ou non? Nous allons creuser cet aspect du problème. Nous allons aussi nous demander s’il est moralement correct de refuser le « cash » quand on sait qu’une partie de la population n’a pas accès au crédit.  

De toute façon, tant que les banques seront fermées ou presque, nos quincailleries ne peuvent pas vraiment accepter le comptant puisqu’elles ne peuvent les déposer… 

D’autre part, le coronavirus a fait grimper en flèche les achats en ligne, d’où des pertes de marges puisque ces transactions sont 100 % réalisées par carte de crédit interposée. Mentionnons que les frais sont généralement plus élevés encore pour le marchand ou sa bannière quand il s’agit d’un achat en ligne. Motif louable invoqué : le risque de fraude est plus élevé. 

Avant la COVID-19, l’emploi de la carte de crédit représentait grosso modo autour de 33 % des transactions. Donc, les deux-tiers des autres paiements étaient effectués soit en argent, par carte de débit ou par chèque ou compte ouvert. Toutes ces méthodes ont l’avantage de représenter des frais directs très faibles et surtout, contrôlés par le marchand plutôt que volatils, comme expliqués plus haut, en raison des taux variables selon le type de carte de crédit utilisée. 

Il est raisonnable de croire que maintenant, la grande majorité des transactions sont complétées par carte de crédit et la part des achats virtuels va continuer d’augmenter, tous « taxables » par Visa ou MasterCard. 

Rappelons que les deux géants avaient accepté, en août 2018, de réduire leurs frais d’interchange de 1,5 % en moyenne à 1,4 %. Sauf que l’entrée en vigueur de cette entente à l’amiable a toujours été reportée, les multinationales invoquant des difficultés à mettre à jour leurs systèmes. Les nouvelles dates avancées sont le 18 juillet 2020 pour Visa et le 1er août 2020 pour MasterCard. Évidemment, deux dates différentes pour éviter toute apparence de collusion. Prenez-nous donc pour des valises! 

On nous promet des remboursements rétroactifs. À suivre de près… 

Histoire de mettre le fer dans la plaie, je termine ce mot d’humeur en vous révélant que l’Union européenne a, elle, réussi à faire plafonner les frais dinterchange à 0,3 % maximum.  

L’AQMAT s’engage à rallumer les flammes de nos négociateurs patronaux et à sensibiliser les ministres du gouvernement du Trudeau et les partis d’opposition aux difficultés accrues et insoupçonnées que génèrent la crise sanitaire et le commerce en ligne sur la santé financière de nos PME. 

 

4 comments on “La COVID-19 relance le débat sur les frais de cartes de crédit qui échappent au contrôle des marchands

  1. Sophie Denis on

    Avec la COVID-19 , on a soupçonné que l’argent papier causait la transmission du virus, j’ai travaillé 8 ans dans le domaine bancaire et l’argent ne m’a jamais rendu malade. Dans les hôpitaux , les billets de banque sont plutôt rare, pourtant des virus de toutes sortes il y en a plein.
    Je commence à penser qu’on veut tout contrôler et mieux contrôler. Après avoir eu la visite de la CNESST lundi, je me demande si on ne commence pas à vivre sous une dictature, on pense pour nous, on nous dit comment faire, quand le faire. En tout cas…
    Alors oui les frais de banques il faut voir à ce dossier. Je trouve que l’AQMAT prend de belles positions pour défendre nos intérêts et ceux du commerce au détail en général. Merci pour tout.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *