Le prix des matériaux va encore monter… ainsi que le risque qu’il redescende

Les gestionnaires de cours à bois et d’autres matériaux sont nerveux. Plus encore que la semaine dernière. C’est que les affaires roulent encore, aucune baisse notable depuis un printemps très hâtif du point de vue des affaires, mais les prix aussi grimpent encore. Et la question qui les habitent est la suivante : est-ce raisonnable de stocker alors que le risque d’une chute des prix est dans le domaine du possible?

Prenons en exemple le simple 2×4.

Il se vendait il n’y a pas si longtemps 4 $. Son prix de vente tourne aujourd’hui autour de 8,50 $. Sauf que les marchands entendent dire qu’ils devront bientôt le payer 10 $. S’ils ont encore en inventaire des 2×4 achetés à prix raisonnable qu’ils peuvent continuer de vendre à 8,50 $ pendant un mois ou deux, que fera le quincaillier forcé d’acheter ces produits à 10 $ : les proposer aux clients à 12,50 $ serait suicidaire, ils passerait pour un voleur. Deuxième option : continuer de les offrir à 8,50 $ comme ses concurrents, mais les vendre alors à perte.

Ce qui conduit Richard Darveau à utiliser toutes les tribunes possibles pour expliquer et réexpliquer que faire de l’argent quand on a un centre de rénovation est devenu ces mois-ci une activité de type presque boursier, pour ne pas dire de casino!

Autre exemple : la feuille de contreplaqué qu’on pouvait proposer aux consommateurs à 40 $ frôle les 100 $ actuellement. En soi, ce n’est pas un problème. Mais si le prix d’achat du marchand grimpe lui-même à 100 $, ce qui va survenir bientôt de l’avis de tous les observateurs, que fera la cour à bois advenant que ses concurrents ont encore du stock de contreplaqué acheté à 60-70 $ pièce?

« Nos membres vivent des dilemmes plus stressants que jamais », confirme le président et chef de la direction de l’AQMAT.

M. Darveau et d’autres observateurs sont d’avis que tant que le consommateur subit la pandémie et que les gouvernements de tout palier doivent stimuler l’économie en sortie de crise, les prix resteront forts, car la demande ne fléchira pas. « Prévoir la date d’un retour vers les loisirs et d’un désengagement de l’État dans l’économie devient la compétence clé ».

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Source : Ressources naturelles Canada | Attention : les prix indiqués sont en dollars américains!

La demande en matériaux ne fléchit pas encore malgré les prix forts et des délais fous : pour le gypse, le cèdre et plusieurs types d’isolant, les manufacturiers sont rendus à promettre des livraisons qui approchent les 180 jours d’attente.

L’autre grande tendance chez les fabricants consiste à approvisionner leurs clients en fonction de leur volume habituel. Exemple : votre magasin représente 5 % du volume d’un manufacturier alors que votre concurrent représente 25 %, il vous livrera environ 5 % de qu’il peut produire et en enverra cinq fois plus à votre concurrent.

« Cette pandémie avec son effet stimulant sur l’activité de rénovation et de construction va accélérer les consolidations entre clients et entre groupements d’achat », promet le porte-parole de l’AQMAT.

36 000 $ américains en bois par maison

Pendant ce temps, les constructeurs américains de maisons multiplient les représentations auprès de la Maison-Blanche pour que l’État intervienne.

Ils soutiennent que la valeur du bois utilisé pour une maison unifamiliale atteint aujourd’hui 36 000 $ US.

L’association NAHB, un peu l’équivalent de l’APCHQ ici, exhorte l’administration Biden de réunir les parties prenantes intéressées pour tenir un sommet sur les questions de la chaîne d’approvisionnement du bois et des matériaux de construction.

Les discussions chez nos voisins portent sur les problèmes de capacité des scieries, les pénuries de travailleurs dans les scieries et la façon dont la flambée des prix du bois d’œuvre exacerbe la crise de l’abordabilité du logement et met le rêve américain d’accession à la propriété hors de portée de millions de ménages.

L’un des objectifs de la NAHB consiste à faire lever toute barrière à l’importation de bois canadien. La réponse du politique pour le moment est celle-ci : « Bien que nous préférions évidemment les sources intérieures, lorsque celles-ci ne peuvent répondre à la demande, comme c’est le cas actuellement et que les prix sont si élevés, nous avons possiblement besoin de négocier un nouvel accord, peut-être temporairement, pour ne pas être impliqués dans l’imposition de droits compensateurs et antidumping sur les Canadiens. »

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