Blogue sur le 28 avril – Jour de deuil : moins banaliser le risque

Chaque année, le 28 avril, le Québec souligne le Jour de deuil, une journée dédiée à la mémoire des travailleuses et des travailleurs victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Portée notamment par la CNESST, cette journée n’est pas qu’un moment de recueillement. Elle doit aussi être un électrochoc.

Car dans notre industrie, le danger fait partie du quotidien.

Sur les chantiers de construction, les risques de chute, de collision avec de la machinerie ou de manutention inadéquate sont bien réels. Aux abords de ces chantiers, la cohabitation avec la circulation et le public ajoute une couche de complexité souvent sous-estimée. Dans nos usines de fabrication de matériaux, les équipements en mouvement, les poussières et les produits utilisés exigent une rigueur constante. Et dans les cours à bois et centres de rénovation, les charges lourdes, les empilements et la circulation d’équipements créent un environnement où l’erreur ne pardonne pas.

Ce que cette journée nous rappelle, c’est que derrière chaque accident, il y a une vie. Un collègue. Une famille. Une équipe.

Et trop souvent, des drames qui auraient pu être évités.

Une culture de prévention à renforcer

On le sait : la majorité des accidents ne relèvent pas de la fatalité. Ils sont liés à des situations prévisibles — parfois tolérées, parfois banalisées.

Un garde-corps absent.
Une procédure non respectée.
Une formation insuffisante.
Un rythme de travail qui pousse à couper les coins ronds.

Dans un contexte où la pression opérationnelle est forte — pénurie de main-d’œuvre, exigences de productivité, contraintes de délais — le risque est réel de voir la sécurité reculer d’un cran. Et pourtant, c’est précisément dans ces moments qu’elle doit devenir non négociable.

Et aussi, des atteintes moins visibles, mais bien réelles

Parler de santé et sécurité du travail aujourd’hui, c’est aussi reconnaître que certaines lésions ne se voient pas.

Le cadre légal québécois, tel qu’appliqué par la CNESST, reconnaît désormais certaines lésions professionnelles de nature psychique, lorsque celles-ci sont directement liées au travail. On parle ici, notamment, de troubles d’adaptation, d’états dépressifs ou de troubles de stress post-traumatique, lorsqu’un lien clair peut être établi avec un événement marquant ou des conditions de travail anormales.

Il ne s’agit pas de confondre ces situations avec le stress normal lié à un emploi exigeant. Mais dans nos milieux — où la pression est constante, les imprévus fréquents et les responsabilités lourdes — le travail peut devenir un facteur déclencheur ou aggravant lorsque certaines limites sont franchies.

À cela s’ajoute un contexte plus large : surcharge, rareté de main-d’œuvre, incertitudes économiques, tensions géopolitiques. Sans sortir du cadre légal, il est évident que ces facteurs peuvent fragiliser les individus et amplifier des situations déjà à risque.

Comme pour les accidents physiques, la prévention s’impose aussi ici : organisation du travail réaliste, gestionnaires attentifs, mécanismes de soutien accessibles, culture où l’on peut parler.

Le rôle que nous devons jouer collectivement

À l’AQMAT, nous ne pouvons pas nous contenter de relayer des messages de sensibilisation. Nous avons un rôle structurant à jouer.

Ce rôle s’est d’ailleurs précisé lors de l’atelier sur la mutualisation, tenu dans le cadre du 12e Congrès des Décideurs. Une idée forte s’en est dégagée : ensemble, nous sommes mieux outillés pour prévenir.

Comme regroupement d’employeurs, nous avons la capacité de :

  • partager plus systématiquement l’information sur les accidents les plus fréquents dans notre secteur;
  • diffuser des bonnes pratiques concrètes, adaptées à la réalité des cours à bois, des usines et des chantiers;
  • outiller nos membres pour qu’ils identifient et corrigent plus rapidement les situations à risque;
  • Ee surtout, favoriser l’adhésion à des mutuelles SST cohérentes et efficientes, qui permettent d’améliorer la prévention tout en mieux maîtrisant les coûts.

La mutualisation n’est pas qu’un levier économique. C’est un levier de sécurité.

Se souvenir ne suffit pas

Le Jour de deuil ne doit pas être une parenthèse. Il doit être un point d’appui. Un moment pour se poser des questions simples, mais essentielles.

Est-ce que nos milieux de travail sont réellement sécuritaires?

Est-ce que nous en faisons assez — autant pour le physique que pour le psychologique?

Est-ce que nous intervenons assez tôt, assez vite, assez fermement?

Car au bout du compte, l’objectif est clair : faire en sorte que chaque travailleuse et chaque travailleur rentre chez lui sain et sauf, chaque jour.

C’est à cette condition que le 28 avril prendra tout son sens.

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