Employeurs debout et responsables pendant la crise

Plusieurs associations patronales s’insurgent contre le prolongement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) qui offre un soutien financier aux employés et aux travailleurs indépendants canadiens touchés directement par la COVID-19. L’offensive est même soutenue par le ministre québécois du Travail.

Il est vrai que certaines quincailleries, certaines usines aussi, m’ont fait part de la perte d’effectifs parce que des employés ont préféré rester à la maison et recevoir leur chèque sans travailler.  

Richard Darveau publie réguilièrement des blogues sur des sujets d'actualitésJe leur ai rappelé, comme je le fais à tout le monde aujourd’hui, que l’admissibilité à la PCU est assujettie à des conditions strictes, notamment d’avoir cessé de travailler à cause de la COVID-19 et de n’avoir pas volontairement quitté son emploi. 

Dans les faits, l’employé peut sans se faire fouiller ni tester mettre son absence sur le dos du coronavirus et ne pas quitter son emploi, mais informer son patron qu’il ne peut présentement travailler. 

Mais les employeurs ont aussi leurs droits et doivent les exercer. Le premier devoir d’un bon employeur est de demander des comptes à l’employé prestataire de la PCU. 

Si le commerce, l’usine ou le bureau est en mesure de démontrer que toutes les conditions sanitaires sont en place et que l’employé ne dispose d’aucune preuve médicale qui justifie son absence, il faut exiger un retour au travail sous peine de congédiement.  

En effet, en vertu de l’article 2085 du Code civil du Québec (C.C.Q.), tout salarié a l’obligation de fournir une prestation de travail sous la direction et le contrôle de l’employeur. 

Or, si une cessation d’emploi est émise, l’employé perd la PCU et toute éligibilité à l’assurance emploi.  

Poussons la réflexion plus loin et demandons-nous pourquoi un employé en vient à penser à rester à la maison plutôt que de travailler? Deux explications possibles. 

D’une part, la politique salariale en vigueur est peut-être en cause. L’allocation de 500 $ imposable par semaine correspond à un revenu annuel imposable de 26 000 $, soit l’équivalent de 14,28 $ de l’heure pour un emploi de 35 heures par semaine. C’est plus que le salaire minimum établi au Québec à 13,10 $ l’heure. Mais dans les faits, je ne connais pas une seule quincaillerie qui garde un nouvel employé plus de trois mois au salaire minimum; la moyenne s’établit à 15 $ l’heure après une année de service.  

Du côté des manufacturiers, les cas où on paie le salaire minimum pendant plus de trois mois sont tout aussi rarissimes.  

Il y a donc place à de l’introspection du côté des employeurs afin de s’assurer que les effectifs qui gagnent en expérience et en loyauté reçoivent des émoluments conséquents.

Nous sommes tous dans la même crise et l’employé doit plus que jamais voir chez ses patrons des signes d’empathie.

Par exemple, ce que Lowe’s Canada vient d’annoncer hier est exemplaire, soit le prolongement pendant tout juillet de la prime de 2 $ l’heure offerte aux employés à temps plein et à ceux à temps partiel admissibles travaillant dans ses magasins Lowe’s, RONA et Réno-Dépôt corporatifs. 

J’ai parlé à cinq propriétaires-marchands de bannières différentes ce matin et tous ont versé des boni COVID-19 au mérite. Voilà ce qu’il faut faire pour garder ses troupes. Et ses clients.  

D’autre part, il y a la nature de l’emploi lui-même qui peut être en cause. On parle aujourd’hui d’expérience-employé. Ici aussi, l’employeur a des obligations à l’égard de ses troupes afin de rendre le milieu de travail attrayant et les tâches stimulantes.  

J’ai donc une réserve à envoyer la faute sur le gouvernement du Canada pour avoir mis sur pied une prestation d’urgence et en avoir prolongé la distribution. Comme association patronale, j’invite plutôt nos membres à revisiter leur politique salariale, à critiquer les conditions de travail qu’ils proposent, à double-vérifier les conditions sanitaires mises en place, puis à exercer leur droit de gérance à 100 % afin que tous leurs employés aptes entrent au boulot et qu’ils mettent un terme au lien d’affaires à ceux qui refusent de danser avec eux. 

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