Le gouvernement fédéral propose un nouveau fonds de 1,7 milliard de dollars destiné aux provinces et territoires afin de réduire les coûts et accélérer la construction résidentielle. L’objectif est clair : stimuler rapidement l’offre dans un marché toujours marqué par un déficit structurel de logements.
La particularité de ce programme tient à son absence de conditions strictes. Ottawa laisse aux provinces toute latitude quant à l’utilisation des sommes, à condition qu’elles contribuent à augmenter le nombre d’unités construites.
Cette approche, défendue par le ministre des Finances François-Philippe Champagne, vise à adapter les mesures aux réalités régionales, mais elle soulève aussi des questions quant à l’efficacité et à la reddition de comptes.
Elle est cependant critiquée par l’opposition conservatrice qui l’assimile à un chèque en blanc.
Québec : ouverture… mais prudence
Du côté du gouvernement du Québec, la réaction demeure mesurée. Québec accueille favorablement l’idée d’un financement additionnel, mais insiste sur deux principes : le respect des compétences provinciales et la nécessité de solutions structurelles plutôt que ponctuelles.
Dans les dernières années, Québec a plutôt privilégié des leviers comme :
- le soutien aux projets d’habitation abordable;
- la simplification réglementaire;
- l’accélération des processus d’autorisation municipale.
Dans ce contexte, le nouveau fonds fédéral pourrait être utilisé pour alléger certains frais d’aménagement ou soutenir des programmes existants, mais sans changement majeur d’orientation à court terme.
Une industrie en attente de mesures concrètes
Les associations de la construction et de l’habitation réagissent avec prudence.
Du côté des constructeurs résidentiels, on rappelle que le principal frein à la construction n’est pas seulement fiscal, mais aussi structurel :
- pénurie de main-d’œuvre;
- délais d’approbation municipaux;
- coûts fluctuants des matériaux;
- incertitude du marché immobilier.
Plusieurs acteurs soulignent qu’un fonds sans conditions risque de produire des effets inégaux selon les provinces, voire dilués si les sommes servent à compenser des programmes existants plutôt qu’à générer de nouvelles unités.
Darveau propose un levier direct : subventionner les matériaux « Bien fait ici »
Créateur du programme « Bien fait ici » dont l’AQMAT est co-fondatrice, Richard Darveau propose la mise en place d’un programme de subvention à l’achat de matériaux accrédités « Bien fait ici », une approche qui agirait simultanément sur plusieurs leviers économiques.
« Si l’on veut réellement accélérer la construction tout en renforçant notre économie, il faut agir à la source : les matériaux. En soutenant l’achat de produits fabriqués ici, on réduit les coûts pour les projets résidentiels tout en consolidant notre base manufacturière », avance-t-il.
Selon lui, une telle mesure permettrait :
- de stimuler directement la production locale et les emplois manufacturiers;
- d’appuyer concrètement la volonté croissante des consommateurs et des entreprises d’acheter canadien;
- de rendre les matériaux d’ici plus compétitifs face aux importations;
- de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement;
- et d’assurer une meilleure conformité aux normes de qualité et de sécurité.
« C’est une politique industrielle intelligente. On ne subventionne pas seulement la construction, on investit dans un écosystème complet — du manufacturier jusqu’au chantier », ajoute M. Darveau.
Dans le contexte actuel de tensions commerciales et de repositionnement des chaînes d’approvisionnement nord-américaines, l’AQMAT estime que ce type de mesure contribuerait également à renforcer la solidarité économique canadienne.
L’exemple ontarien : un test grandeur nature
L’Ontario a déjà annoncé qu’elle utiliserait ce levier pour abolir temporairement la TVH sur certaines habitations neuves. La province estime que cette mesure pourrait permettre d’économiser jusqu’à 130 000 $ par unité et générer environ 8 000 nouvelles constructions. Cette approche, axée sur la stimulation directe de la demande, pourrait toutefois ne pas être transposable partout.
Ottawa prévoit rendre les fonds disponibles dès le printemps, en amont de la saison de construction.
Reste à voir si les provinces saisiront cette occasion pour mettre en place des mesures structurantes ou si les fonds seront absorbés dans des programmes existants.


