Dans un échange animé sur les ondes du 98,5 FM, Patrick Lagacé et le chroniqueur Luc Ferrandez ont abordé la question brûlante des coûts de construction au Québec. Si l’Ordre des architectes tente d’ouvrir la réflexion, les obstacles restent nombreux, entre exigences croissantes, normes incontournables et décisions politiques discutables.
D’emblée, Luc Ferrandez se montre lucide, voire sceptique : « Ouais, non ils ne vont pas réussir », lance-t-il au sujet des efforts pour réduire les coûts. Il nuance toutefois immédiatement : « mon Dieu que ça fait du bien de les entendre se positionner là-dessus ». Pour lui, l’intérêt principal de cette démarche réside dans son ouverture à des solutions plus larges, notamment la réutilisation des bâtiments existants.
Plutôt que de construire systématiquement du neuf, M. Ferrandez propose de repenser l’usage de certaines infrastructures. « Est-ce qu’on pourrait garder nos bâtiments, faire autre chose avec un centre d’achat qui va fermer? », suggère-t-il. Mais il reconnaît rapidement les limites de cette idée, face à des attentes publiques toujours plus élevées : « On a des besoins, on exprime des besoins de plus en plus sophistiqués et de plus en plus larges ».
Contrairement à une croyance répandue, la hausse des coûts ne s’explique pas seulement par le prix des matériaux. « Ce n’est pas parce que le 2 par 4 coûte cher », précise M. Ferrandez. Il insiste plutôt sur l’impact des normes modernes : sécurité incendie, plomberie, accessibilité universelle, efficacité énergétique. Des avancées essentielles, comme le rappelle l’animateur : « Ça retarde l’incendie, puis ça sauve des vies ». Son interlocuteur acquiesce : « Ces normes, on ne peut plus s’en passer ».
Cela dit, certaines contraintes pourraient être revues. M. Ferrandez cite l’exemple de la transformation d’églises, freinée par des exigences administratives : « La réponse, c’était non, parce qu’il fallait désacraliser le lieu ». À ses yeux, il serait parfois pertinent de « slaquer un peu la poulie » pour faciliter la reconversion de bâtiments existants.
Le cas des maisons des aînés illustre bien les dérives possibles. Initialement budgétées à 800 000 $ par unité, certaines ont finalement coûté jusqu’à 1,8 million $ « Sommes-nous capables de les ramener à 500 000 $ ? », questionne le chroniqueur. Il explique cette explosion par des choix de conception ambitieux, notamment des espaces communs très vastes. Patrick Lagacé remet en question cette approche : « Ça n’a pas besoin d’être une maison d’architecte », dit-il, en évoquant la réalité de résidences souvent en fin de vie. M. Ferrandez partage ce point de vue et rappelle que « dans bien des cas, ils vont y passer moins d’un an ». D’où la nécessité, selon lui, d’adapter les infrastructures aux besoins réels.
La taille des établissements constitue un autre enjeu majeur. Les petites unités, bien que plus humaines, empêchent de réduire les coûts. « Faut que tu fasses au moins 120 chambres », explique M. Ferrandez, évoquant les économies d’échelle. Cela implique un retour partiel vers des modèles plus proches des CHSLD traditionnels.
Il critique également certaines décisions gouvernementales, notamment le fait de lancer plusieurs projets simultanément : « On a donné trop de commandes en même temps », ce qui a contribué à faire grimper les prix.
Enfin, le chroniqueur et ex-maire du Plateau Mont-Royal souligne les différences entre gestion publique et privée. « Quand le privé donne un contrat, ça coûte toujours moins cher », affirme-t-il, en pointant la lourdeur des organismes publics. Les contrats publics, souvent très détaillés pour éviter les scandales, deviennent rigides et coûteux : « Si tu décides de mettre une porte là et que ce n’était pas prévu, ça va te coûter 100 000 $ ».
Malgré ces constats, des pistes existent. Réutilisation des bâtiments, standardisation, meilleure planification : autant de leviers possibles, mais difficiles à activer. Comme le résume Luc Ferrandez, la réflexion est nécessaire, mais les solutions ne seront ni simples ni rapides à mettre en œuvre.
On peut entendre ici l’interview de 6 minutes dans son intégralité.


