Blogue sur Christine Fréchette : intentions claires, angles morts

En lançant récemment sa plateforme en habitation, la ministre sortante de l’Économie, Christine Fréchette, a choisi de placer la crise du logement au cœur de la course à la chefferie du Parti libéral du Québec. Un choix qui mérite d’être souligné. Son concurrent Bernard Drainville ne s’est toujours pas engagé sur aucun des sujets qui touchent notre industrie. Nous en parlerons en temps opportun.

Pour l’heure, la réflexion de Mme Fréchette s’articule autour de quelques axes structurants : faciliter l’accès à la propriété pour les premiers acheteurs, accélérer la construction de logements dits abordables, réduire les délais administratifs qui freinent les projets résidentiels et maximiser les retombées économiques locales de la construction.

Concrètement, elle propose notamment de rembourser une partie des droits de mutation immobilière pour les premiers acheteurs, de bonifier les programmes de soutien à la construction de logements abordables, de recourir davantage à la construction préfabriquée pour réduire les coûts et les délais, et de donner plus de latitude aux municipalités pour autoriser rapidement certains projets résidentiels.

Elle insiste aussi sur l’importance d’utiliser davantage le bois et l’aluminium québécois dans la construction, une orientation qui vise à la fois la vitalité économique des régions et une meilleure autonomie industrielle.

Cette vision se veut pragmatique, orientée vers l’action et consciente de l’urgence de la situation, particulièrement pour les familles, les jeunes ménages et les aînés, en région comme dans les grands centres.

Mon regard comme président de l’AQMAT

Comme président de l’AQMAT, je me réjouis d’abord d’une chose essentielle : l’habitation s’invite enfin de façon sérieuse dans une course à la chefferie. C’est une excellente nouvelle. Cela laisse espérer que cet enjeu occupera une place de choix tout au long de la prochaine campagne électorale, jusqu’aux élections du 5 octobre 2026. Le Québec en a besoin.

Cela dit, certains angles morts méritent d’être nommés.

D’abord, le terme « logement abordable » est devenu un mot-valise. Il rassure, mais il manque de précision. À force de vouloir tout inclure, il finit par ne plus rien dire. Or, si l’on regarde les faits, le véritable problème n’est pas l’offre pour l’ensemble de la population. Pour les classes moyennes et supérieures, on construit, et l’offre suit généralement la demande.

Le véritable déficit est ailleurs : il concerne les ménages les plus pauvres, ceux pour qui le marché ne peut pas répondre seul. C’est là que l’État doit jouer pleinement son rôle, en soutenant des logements hors marché, durables, bien conçus et réellement accessibles. Le courage politique commence par cette lucidité.

Ensuite, nous croyons fermement qu’il faut aller plus loin dans l’innovation. Oui, il est possible de faire cohabiter qualité et bas prix — sans mauvais jeu de mots. L’État gagnerait à encourager les fabricants et les entrepreneurs à travers de véritables concours d’innovation, où les meilleures solutions constructives, les plus intelligentes et les plus accessibles seraient mises en valeur et soutenues.

Sur la question de l’achat local, la volonté exprimée de privilégier les matériaux québécois est la bonne. Le passé récent nous a toutefois appris que les bonnes intentions ne suffisent pas. Le Panier bleu en est un exemple éloquent : un projet que nous avions dénoncé et qui a fini par s’éteindre.

Or, le besoin demeure plus pressant que jamais. Encourager les propriétaires résidentiels et les entrepreneurs à choisir des produits québécois et canadiens conformes aux normes de construction est une nécessité économique et stratégique. Dans cette optique, un congé de taxe ou un crédit d’impôt, accordé sur preuve d’utilisation de produits accrédités « Bien fait ici » serait un levier puissant et concret.

L’achat local est aujourd’hui l’une de nos meilleures armes pour contrer l’envahissement des produits américains. Et la bonne nouvelle, c’est qu’en rénovation comme en construction, on peut pratiquement tout trouver ici, auprès de manufacturiers québécois et canadiens de grande qualité.

Enfin, je ne peux passer sous silence un dernier point. Le gouvernement du Québec a récemment soutenu financièrement et techniquement nos collègues épiciers dans l’élaboration d’un code de bonnes pratiques commerciales. Nous saluons cette démarche. Le secteur de la quincaillerie mérite le même
accompagnement.Un tel soutien contribuerait à renforcer notre écosystème, à améliorer les relations d’affaires et à créer un environnement plus sain et plus performant pour l’ensemble de la chaîne.

Nous allons inviter un.e représentant.e de chaque parti en lice à venir discuter habitation, commerce de détail et manufacturier
lors de la plénière du jeudi matin 16 avril
au 12e Congrès des Décideurs.

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