Blogue : Le Québec gagne une bataille statistique et perd la guerre démographique

À première vue, les chiffres dévoilés par l’Institut économique du Québec (IEQ) rassurent : plus d’emplois sont créés en rapport à la population active. Résultat : moins de chômage, une certaine stabilité. Mais ce calme apparent masque une réalité autrement plus inquiétante : ce n’est pas l’économie qui accélère, c’est le réservoir de travailleurs qui se vide.

Depuis 2018, le paradigme s’est inversé. Le Québec ne manque plus d’emplois, il manque de gens pour les occuper. Et la tendance va s’aggraver.

Entre 2026 et 2029, nous révèle l’IEQ, la population en âge de travailler reculera pour la première fois depuis plus d’un siècle. Ce n’est pas un simple creux cyclique : c’est un basculement structurel.

 

Richard Darveau a abordé hier matin, avec l’animatrice de l’émission matinale de Radio-Canada sur la Côte-Nord la question cruciale de la main-d’œuvre qui ne s’est pas évanouie avec la fin de la COVID.

 

 

Dans ce contexte, continuer de débattre de la création d’emplois comme principal indicateur de performance économique relève d’un aveuglement collectif. Même aberration que de baser toutes nos politiques publiques économiques sur les taux de chômage. Ce qui compte au fond, c’est la possibilité concrète de pourvoir un poste qu’on juge nécessaire pour le développement de son entreprise ou sa simple survie. On ne crée pas des postes dans le vide. Sans personne intéressée ou apte dans son quartier, dans son village, les ambitions économiques deviennent rhétoriques.

Le paradoxe est brutal. Les entreprises — particulièrement en région — peinent déjà à recruter alors que le discours public se crispe autour de l’immigration économique, trop souvent réduit à un jeu identitaire.

Voyez cet extrait vidéo de notre Pause-café du 12 février où Isabelle Cormier, membre du conseil d’administration de l’AQMAT et propriétaire de deux BMR en Gaspésie, témoigne de l’enjeu de la perte appréhendée de travailleurs étrangers temporaires sur ses commerces, ses employés et toute la région de la Baie-des-Chaleurs.

 

Pourtant, l’apport de travailleurs étrangers temporaires en quête de permanence constitue l’un des rares leviers immédiats pour soutenir notre capacité productive.

Les attentes se tendent. Les travailleurs réclament des conditions à la hauteur du coût de la vie et de leur recherche légitime d’un équilibre de vie meilleur, à leurs yeux, que celui qui prévalait pour leurs parents boomers. Les employeurs, eux, jonglent avec les tarifs-surprises, l’inflation qui hypothèque leurs approvisionnements, les coûts galopants des assurances, les incertitudes économiques et géopolitiques, et les pressions concurrentielles où l’État est trop souvent absent pour empêcher cette course effrénée vers toujours les plus bas prix, donc la moindre qualité.

À l’aube des prochaines élections, le Québec a besoin de lucidité. L’AQMAT forcera pour que les candidat.e.s osent s’engager sur des enjeux cruciaux comme la baisse de population active et le rôle de l’immigration économique et l’adoption de politiques pro-rétention pour nos entreprises et nos régions.

Le péril démographique n’est ni abstrait ni lointain. Il est déjà là. Refuser de le regarder en face, c’est accepter que le Québec s’appauvrisse lentement — non pas faute d’idées, mais faute de monde.

Autre témoignage vidéo éloquent, cette fois de la propriétaire des quatre Rénomax sous bannière Home Hardware au Lac-Saint-Jean.

 

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