Lors du 12e Congrès des Décideurs de l’AQMAT, tenu les 15 et 16 avril à Trois-Rivières, un jalon important a été franchi pour notre industrie : le long processus devant mener à l’adoption d’un Code des meilleures pratiques est désormais amorcé.
Bien que les délégués étaient moins d’une centaine lors de la plénière, ils étaient issus de toutes les familles d’acteurs — marchands, fabricants, distributeurs, groupements, bannières. Et de l’avis général, un constat s’est imposé avec clarté : les relations strictement transactionnelles montrent leurs limites. L’avenir passe par un modèle plus relationnel, fondé sur une plus grande transparence, une meilleure prévisibilité et un partage plus équitable des risques et des bénéfices.
Ce virage ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit directement dans les consultations menées en amont du Plan stratégique 2025-2027, où plus de 150 répondants avaient exprimé le souhait de doter l’industrie d’un cadre éthique commun. Les échanges tenus lors du Congrès — sondages récents et ateliers distincts réunissant chaque groupe d’acteurs — ont permis de valider à la fois la pertinence de la démarche et l’ampleur du travail à accomplir.
On peut voir ici la présentation Powerpoint utilisée lors de la séance plénière du 16 avril.

Les trois coanimateurs des ateliers sur le Code des meilleures pratiques, les administrateurs Anick Rousseau de Rénomax Home Hardware, Guillaume Villemeure de Soleno et Patricia M. Lachance de ACCEO Solutions. Au micro, Richard Darveau, président de l’AQMAT.
Convergences fortes et divergences bien réelles
Tous reconnaissent la nécessité d’établir des règles du jeu plus claires, notamment en matière de préavis pour les changements de prix, de gestion de la volatilité des coûts (transport, matières premières) et de mécanismes de médiation pour régler les différends. Tous conviennent également qu’un tel code devra dépasser les frontières du Québec pour avoir un réel impact, compte tenu du caractère pancanadien des chaînes d’approvisionnement.
Mais les échanges ont aussi mis en lumière des divergences bien réelles.
Les fournisseurs expriment un sentiment d’urgence et souhaitent des engagements concrets, alors que certains groupements estiment que les pratiques actuelles sont déjà suffisantes.
Les marchands, pour leur part, se mobilisent autour d’enjeux très tangibles comme les garanties et le service après-vente, qui les placent directement en première ligne face aux consommateurs. Dans la même veine, ils se sentent victimes d’une logique financière où ils sont souvent les premiers à fournir des matériaux pour des chantiers bien que derniers payés.
Malgré ces écarts de perception, un élément ressort avec force : la volonté de se parler et de mieux se comprendre. À elle seule, cette dynamique constitue déjà un pas en avant significatif pour notre industrie.
Une première ossature de code a d’ailleurs été esquissée en plénière par son initiateur, le président de l’AQMAT, Richard Darveau. Elle repose sur cinq principes directeurs : bonne foi, transparence, prévisibilité, équité et responsabilité partagée, ainsi que sur des engagements concrets touchant notamment les contrats écrits, les délais de paiement, les préavis et la gestion de la force majeure, une situation propice à se reproduire plus souvent en raison des changements du climat écologique… et politique!
« Le chemin sera long », a prévenu M. Darveau, rappelant que l’exemple du secteur de l’alimentation, où l’élaboration d’un code similaire a pris près de dix ans. « C’est une démarche qui exige du temps, de la rigueur et une volonté collective soutenue. »
Tous conviennent que la faisabilité d’un tel code passera aussi par sa capacité à s’appliquer à l’échelle pancanadienne, ce qui pourrait nécessiter l’implication de nouveaux partenaires ou la création d’une entité dédiée.
Les prochaines étapes sont déjà tracées : consultations auprès de partenaires de copilotage, représentations auprès du gouvernement fédéral pour un soutien, formation d’un comité de rédaction dès ce printemps, élaboration d’une première version au cours de l’été, consultations élargies à l’automne, avec en ligne de mire une adoption formelle à l’horizon 2027.
« Le chantier est lancé. Il appartient maintenant à l’ensemble de l’industrie de s’en saisir », de conclure l’actuel porteur de ballon, Richard Darveau.


