Duchesne ne sera sans doute pas centenaire

Le sort du manufacturier Duchesne et Fils semble désormais scellé. Selon les plus récentes informations rapportées notamment par Radio-Canada, TVA et Le Nouvelliste, et confirmées par la direction, la liquidation complète des activités débutera vendredi prochain.

Cette annonce survient quelques jours à peine après la mise à pied de 90 employés, réduisant les effectifs à une cinquantaine de travailleurs chargés d’accompagner le processus de fermeture.

 Ce que signifie « liquidation »

Dans ce contexte, la liquidation ne correspond pas à une simple restructuration ou à une pause des opérations. Il s’agit d’un processus encadré visant à mettre fin définitivement aux activités de l’entreprise. Concrètement, cela implique :

  • la vente des inventaires (produits finis, matières premières);
  • la disposition des équipements et des installations;
  • le remboursement des créanciers selon un ordre de priorité légal.

Autrement dit, l’entreprise cesse d’exister comme entité opérationnelle. Sauf reprise improbable d’actifs par un tiers, il n’y a pas de relance prévue.

Placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) depuis janvier, Duchesne tentait encore récemment de trouver un repreneur ou un partenaire financier.

Richard Darveau se dit optimiste du fait que le bâtiment, ses équipements de production et d’entreposage, surtout ses actifs humains en termes d’expertise ne partent pas en fumée. « Quelqu’un quelque part peut encore prendre acte de toutes ces valeurs et sans oublier le principal actif : le « branding » Duchesne qui flotte sur notre industrie depuis 99 ans ! ».

 Un choc régional et un signal pour l’industrie

Au total, ce sont près de 100 emplois qui disparaissent dans une entreprise fondée en 1927 — à quelques mois de son centenaire.

 Au-delà du cas Duchesne, cet épisode envoie un signal préoccupant à l’ensemble de la filière : même des manufacturiers bien établis peuvent vaciller rapidement sous l’effet combiné du ralentissement de la construction, de la pression sur les prix et de la concurrence internationale.

Dans son blogue de janvier, le président de l’AQMAT prédisait que le manque de solidarité avec nos manufacturiers allait faire des victimes. Au banc des accusés, également, le manque de mesures protectionnistes de la part du gouvernement du Canada. Et voilà qu’il y a trois jours, Venmar, un autre fleuron, fermait aussi ses portes.

Pour les acteurs de la quincaillerie et des matériaux, la disparition probable de Duchesne représente à la fois une perte industrielle et un rappel brutal de la fragilité actuelle de l’écosystème.

« On doit conduire notre économie avec deux pédales, comme on le fait pour un véhicule », soutient le porte-parole de l’AQMAT. « Il faut freiner l’entrée des produits exportés qui ne respectent pas nos codes de construction et nos autres normes, notamment en matière d’environnement et de conditions de travail. Puis en parallèle, il faut peser sur l’accélérateur en priorisant dans nos achats les produits fabriqués ici. »

 

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