Blogue sur le budget du Québec : des gestes pertinents, bien que trop timides face à l’ampleur des défis

Comme plusieurs, j’ai pris connaissance du budget 2026-2027 dans un contexte qui, disons-le franchement, est loin d’être simple. Le Québec traîne encore les effets de la décote subie en 2025, qui réduit sa marge de manœuvre financière. À cela s’ajoutent un fond de guerres réelles, des tensions commerciales avec notre principal partenaire qui, justement, fragilisent le renouvellement de l’accord tripartite de libre-échange. Bref, l’État québécois avance sur une ligne étroite, et cela se reflète dans ce budget.

Une reconnaissance bienvenue de la filière forestière
Je tiens d’abord à saluer clairement les efforts consentis envers l’industrie forestière. Trop souvent, ce secteur stratégique est perçu comme acquis, alors qu’il est au cœur de notre écosystème économique et de notre industrie de la construction.

Les mesures annoncées — notamment l’abolition de la redevance annuelle (19 M$), le maintien des investissements en travaux sylvicoles (147 M$) et le soutien au fonds de roulement des entreprises (60 M$) — vont dans le bon sens. Elles permettent d’alléger la pression financière sur les entreprises, tout en soutenant les régions qui dépendent fortement de cette activité.

Au-delà des chiffres, c’est aussi le signal qui est important : reconnaître que la forêt québécoise est une richesse stratégique. Dans un contexte où l’on cherche à réduire notre dépendance aux matériaux à forte empreinte carbone, le bois — local, renouvelable — doit être au cœur de la solution.

Rénovation : des leviers concrets à encourager
Là où le budget marque aussi des points, c’est dans le soutien à la rénovation résidentielle, avec deux programmes qui méritent d’être soulignés.

Le programme RénoClimat, d’abord, est non seulement maintenu, mais bonifié. Sa nouvelle composante « adaptation » vient répondre à une réalité de plus en plus présente : les impacts des changements climatiques sur nos habitations.

On parle ici de travaux très concrets — protection des fondations, installation de clapets antiretour, amélioration de l’isolation — qui permettent non seulement de réduire les risques d’inondation, mais aussi d’améliorer la performance énergétique des bâtiments. Avec une enveloppe de 425 M$ sur cinq ans, c’est un levier tangible pour les propriétaires, mais aussi pour notre réseau de marchands et de manufacturiers.

Le programme LogisVert, pour sa part, est également bonifié et élargi. C’est une avancée importante : pour la première fois, les propriétaires d’immeubles locatifs pourront bénéficier d’aides financières, notamment pour l’installation de thermopompes.

C’est doublement pertinent. D’un côté, on améliore le confort des occupants et on réduit leur facture énergétique. De l’autre, on stimule la demande pour des équipements plus performants, ce qui bénéficie directement à notre industrie.

Ces deux mesures, financées par le Fonds d’électrification et de changements climatiques, représentent ensemble près de 584 M$ sur cinq ans.

Productivité : un pas dans la bonne direction avec le BIM
Un autre élément mérite d’être souligné : l’appui à la modernisation de l’industrie de la construction, notamment par l’intégration du BIM (Building Information Modeling).

Pour plusieurs, le BIM peut sembler technique. En réalité, il s’agit d’un outil puissant qui permet de modéliser un bâtiment en amont, de mieux coordonner les intervenants et de réduire les erreurs, les retards et les coûts.

Dans une industrie où les gains de productivité stagnent depuis des années, c’est exactement le type d’investissement qu’il faut encourager. Les sommes annoncées — bien que modestes — pour soutenir l’adoption de ces technologies et la formation des travailleurs vont dans la bonne direction.

Infrastructures municipales : un frein reconnu, mais encore sous-estimé
Je veux également saluer les investissements destinés aux infrastructures d’eau — aqueducs et égouts. C’est un enjeu moins visible, mais absolument crucial.

Dans plusieurs municipalités, la capacité des réseaux d’eau limite directement la construction de nouveaux logements. On peut vouloir densifier, construire plus, plus vite — encore faut-il que les infrastructures suivent.

Les investissements annoncés, notamment via le Fonds canadien pour les infrastructures liées au logement, ainsi que les sommes supplémentaires accordées au ministère des Affaires municipales, constituent un pas important.

Une réponse insuffisante à la crise du logement
C’est ici que le bât blesse : malgré les annonces — 1 000 logements abordables, des investissements totalisant environ 740 M$ — on ne peut pas dire que ce budget s’attaque de front à la crise du logement.

Les mises en chantier devraient même reculer dans les prochaines années.

Pendant ce temps, l’accès à la propriété devient de plus en plus difficile pour la classe moyenne. Plusieurs associations, dont l’APCHQ, l’ont souligné : il manque une stratégie globale, structurante, capable de stimuler réellement l’offre et de soutenir l’accession à la propriété.

Main-d’œuvre : un angle mort préoccupant
Autre déception : le peu d’ambition en matière de formation continue.

Oui, des sommes importantes sont prévues pour former des professionnels en génie ou en technologies de l’information. Oui, certaines initiatives ciblent des clientèles spécifiques. Mais pour nos réalités — travailleurs en usine, en commerce de détail, dans les réseaux de distribution — les mesures sont inexistantes.

Or, c’est là que se joue une grande partie de notre productivité. Former, requalifier, outiller nos travailleurs, c’est aussi les motiver, les fidéliser, les rendre plus performants.

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, c’est un levier essentiel. Et il est encore sous-exploité.

Un budget à l’image du contexte : prudent, mais incomplet
En somme, ce budget reflète bien le contexte dans lequel il s’inscrit : prudent, ciblé, parfois pertinent, rarement audacieux.

On sent un gouvernement qui veut agir, mais qui est contraint par ses finances, par les incertitudes économiques et par un environnement géopolitique instable.

Comme président de l’AQMAT, je retiens ceci : plusieurs gestes vont dans la bonne direction — en foresterie, en rénovation, en innovation, en infrastructures. Il faut les saluer et les renforcer.

Mais face à des défis aussi structurants que la crise du logement, la productivité ou la formation de la main-d’œuvre, il faudra aller plus loin. Beaucoup plus loin.

Parce que notre industrie est prête à faire sa part. Et parce que le Québec ne peut pas se permettre de rester à mi-chemin.

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