Travailleurs étrangers : Ottawa desserre l’étau, Québec sous pression

Deux décisions récentes du gouvernement fédéral viennent modifier, au moins temporairement, le paysage de l’emploi pour les entreprises québécoises qui dépendent de travailleurs étrangers temporaires. Les annonces visent explicitement à éviter des ruptures de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs économiques tout en facilitant la transition vers la résidence permanente pour certains travailleurs déjà en poste.

Pour les manufacturiers, distributeurs et détaillants du secteur de la quincaillerie et des matériaux de construction — particulièrement en région — ces ajustements pourraient offrir un répit bienvenu. Mais ils placent également le gouvernement du Québec devant de nouvelles décisions politiques.

Une première mesure pour retenir les travailleurs qualifiés

La première mesure concerne les travailleurs étrangers qui sont déjà engagés dans un processus d’immigration permanente au Québec.

Ottawa permettra désormais à certains travailleurs dont le permis arrive à échéance d’obtenir un permis de travail supplémentaire d’une durée maximale de 12 mois, lié à leur employeur actuel. Cette prolongation vise les personnes qui ont déposé une demande de sélection permanente dans le cadre du Programme de sélection des travailleurs qualifiés du Québec.

La mesure s’applique lorsque la date d’expiration du permis de travail se situe entre maintenant et le 31 décembre 2026.

L’objectif est clair : éviter que des travailleurs déjà intégrés au marché du travail québécois soient contraints de quitter leur emploi — ou même le pays — simplement parce que les délais administratifs de leur processus d’immigration sont plus longs que prévu.

Pour les entreprises, cela signifie qu’un employé déjà formé et productif pourra continuer de travailler pendant la période de traitement de sa résidence permanente, plutôt que de disparaître temporairement du marché du travail.

Dans plusieurs secteurs, cette continuité est cruciale. Les entreprises doivent souvent investir des mois de formation avant qu’un nouvel employé devienne pleinement opérationnel.

Un assouplissement ciblé pour les régions rurales

La deuxième mesure touche directement le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

Entre le 1er avril 2026 et le 31 mars 2027, les entreprises situées dans des régions dites rurales pourront :

  • maintenir leur nombre actuel de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire, même s’il dépasse le plafond habituel;
  • augmenter la proportion maximale autorisée de ces travailleurs de 10 % à 15 % de leur effectif.

Cette flexibilité vise principalement les territoires où les employeurs éprouvent les plus grandes difficultés de recrutement.

Dans la pratique, une entreprise comptant 100 employés pourra ainsi passer d’un maximum de 10 travailleurs étrangers temporaires à 15 travailleurs dans cette catégorie.

Pour plusieurs PME manufacturières ou entreprises de distribution en région, cette marge supplémentaire peut représenter la différence entre maintenir une ligne de production, prolonger des heures d’ouverture ou réduire les activités faute de personnel.

Mais que signifie « région rurale » ?

Dans les politiques fédérales, une région rurale est généralement définie par opposition aux grandes régions métropolitaines de recensement.

Autrement dit, les entreprises situées à l’extérieur des grands centres urbains — comme Montréal ou Québec — sont plus susceptibles d’être considérées comme admissibles à ces mesures.

Cela inclut typiquement les petites villes, les municipalités régionales de comté (MRC) éloignées des grands bassins de population, plusieurs territoires industriels ou forestiers, précisément les zones où des difficultés de recrutement sont prononcées, en raison d’un bassin de travailleurs plus limité, d’un chômage dit structurel, du vieillissement démographique et de l’exode de jeunes vers les grands centres.

Québec conserve toutefois un rôle déterminant

Malgré ces annonces fédérales, la mise en œuvre concrète dépend encore largement du gouvernement du Québec.

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires fonctionne en effet en partage de compétences entre Ottawa et les provinces. Au Québec, plusieurs démarches nécessitent l’obtention d’un certificat d’acceptation du Québec (CAQ) ou l’accord des autorités provinciales.

La province conserve donc la possibilité de maintenir certaines restrictions régionales, limiter l’utilisation de ces programmes dans des secteurs précis ou adopter ses propres conditions.

Au cours des dernières années, Québec a d’ailleurs adopté plusieurs mesures visant à réduire la dépendance à la main-d’œuvre étrangère dans certaines régions urbaines.

Les nouvelles annonces fédérales pourraient donc accentuer la pression politique sur le gouvernement provincial, particulièrement de la part des entreprises en région qui peinent déjà à recruter.

Un répit temporaire, pas une solution permanente

« Il faut toutefois rappeler, comme le fait Richard Darveau, président de l’AQMAT, que ces mesures ont été annoncées comme des dispositions temporaires : l’assouplissement du plafond à 15 % ne s’appliquera que pendant une période d’un an, tandis que la prolongation des permis de travail vise uniquement les travailleurs déjà engagés dans un processus d’immigration permanente. Autrement dit, Ottawa tente surtout d’éviter une rupture brutale dans la disponibilité de la main-d’œuvre pendant que les politiques d’immigration continuent d’évoluer. »

Ce que l’AQMAT va surveiller
1.    La position officielle du gouvernement du Québec sur l’application de ces nouvelles flexibilités.
2.   Les critères précis permettant de déterminer quelles régions seront considérées comme rurales.
3.   Les procédures administratives qui permettront aux employeurs d’utiliser ces nouvelles marges de manœuvre.

Pour les entreprises situées en région, ces décisions pourraient représenter un facteur déterminant pour la planification des effectifs en 2026 et 2027.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *