L’épisode de verglas et la menace du pire qui ont touché plusieurs régions du Québec la semaine dernière ont provoqué une ruée vers les produits de déglaçage, au point de vider temporairement les stocks dans plusieurs commerces. Dans un reportage diffusé par LCN, on explique que la pression météorologique est survenue dans un contexte déjà tendu pour les fournisseurs de sel de déglaçage.
Depuis le début de l’hiver, les épisodes répétés de gel et de dégel ont fait exploser la consommation d’abrasifs dans l’ensemble de la province. Plusieurs entreprises du secteur ont tourné à plein régime pour répondre à une demande bien supérieure à la normale.
Cliquer ici pour voir le reportage de la journaliste Marie-Laurence Delainey.
C’est notamment le cas de Selto Distribution, une entreprise du Centre-du-Québec dont les ventes ont connu une croissance spectaculaire depuis ses débuts. Son président, Alain Tourigny, indiquait dans le reportage télévisé que l’entreprise était passée de 12 000 tonnes vendues lors de sa première année d’activité à près de 300 000 tonnes cette saison.
« La première année, on a vendu 12 000 tonnes. L’an passé, 36 000 tonnes, puis cette année, on approche les 300 000 tonnes », expliquait l’entrepreneur, actif depuis près de 30 ans dans le secteur du déneigement.
Le sel distribué par Selto provient d’une source inattendue, l’Égypte, en raison de son degré de pureté pouvant atteindre 99,8 %. Il est importé par bateau et transite notamment par le port de Bécancour, où d’imposants amas de sel sont entreposés.
Une partie du produit est transformée en sel « bleu », coloré simplement pour le distinguer visuellement. Mélangé à du chlorure de calcium ou de magnésium, il peut demeurer efficace jusqu’à environ –25 °C. Ce produit coûte environ 20 % plus cher que le sel traditionnel, mais sa performance permet d’en utiliser moins pour obtenir le même effet.
La pression sur les stocks n’a toutefois pas touché qu’un seul fournisseur. À Pont-Rouge, près de Québec, Sable Marco, une entreprise appartenant au groupe Sika, a également constaté une demande inhabituelle dans les quincailleries de la province.
« L’hiver s’est installé plus tôt que prévu, dès novembre, ce qui a devancé la demande habituelle », expliquait à la journaliste Patrick Laframboise, directeur du développement chez Sika. Les nombreux cycles de redoux et de regel ont favorisé l’accumulation de glace et fait grimper la consommation de sel.

L’épisode de verglas survenu la semaine dernière a accentué la pression sur les stocks, à un moment de l’année où les ventes ralentissent habituellement. « Normalement, en mars, on écoule les inventaires restants. Cette fois-ci, les commandes ont dépassé notre capacité de production actuelle », précisait-il.
Dans plusieurs commerces, la situation a mené à des ruptures temporaires. « Les gens achetaient des palettes complètes. Des villes, des commerces et des centres commerciaux se sont retrouvés complètement vidés », observait M. Laframboise.
Pour plusieurs détaillants, cet épisode a illustré une tendance qui s’accentue d’année en année. Les hivers deviennent plus imprévisibles, marqués par des alternances rapides entre redoux et gels soudains qui favorisent la formation de glace. Dans ce contexte, les quincailleries et les fournisseurs d’abrasifs doivent désormais demeurer plus vigilants qu’autrefois quant à leurs niveaux d’approvisionnement.
La quasi-tempête de la semaine dernière aura ainsi servi de rappel : même en fin d’hiver, la demande pour le sel de déglaçage peut encore grimper brusquement — et mettre à rude épreuve toute la chaîne d’approvisionnement.



