La troisième crise du verglas à frapper le Québec en trente ans survient alors que les inventaires sont déjà fortement entamés dans les quincailleries et les centres de rénovation.
Après plusieurs mois de neige, de froid et de précipitations, plusieurs détaillants ont largement écoulé leurs stocks d’articles hivernaux. Les produits les plus demandés en situation de verglas — sel déglaçant, sable, pelles en acier, tranches-glace et bien sûr, génératrices — ne sont plus ou sont peu disponibles. En tout cas, en quantités nettement moins abondantes qu’en début de saison.
« C’est comme demander à un magasin de chaussures à ce moment-ci de l’année s’il a encore des bottes d’hiver ! », illustre Dominique Bélanger, marchand-propriétaire RONA, rue Masson à Montréal.
Dans les dernières semaines, plusieurs marchands ont déjà vu leurs palettes de sel déglaçant et de sable diminuer rapidement, de même que les provisions en piles et lampes de poche.
Les génératrices portatives, souvent recherchées lors de pannes électriques liées au verglas, connaissent également une plus forte demande avec la tendance aux redoux qu’engendrent les changements climatiques.
Les fabricants et distributeurs, pour leur part, commencent déjà à préparer la transition vers les produits printaniers. Dans les entrepôts comme sur les planchers de vente, les espaces sont progressivement libérés pour accueillir les articles de jardinage, d’aménagement extérieur et de rénovation saisonnière.
La situation s’explique donc par la logique normale des approvisionnements saisonniers dans l’industrie de la quincaillerie.
Les détaillants planifient leurs achats plusieurs mois à l’avance et dimensionnent leurs stocks pour répondre à la demande moyenne de la saison froide. Or, lorsque l’hiver s’amorce sur les chapeaux de roue – comme cela a été le cas avec des froids et des précipitations de neige importantes dès novembre – ou lorsque qu’un événement météo important survient tardivement, les inventaires peuvent se retrouver sous pression.

Les clients jugent parfois rapidement leurs quincailliers quand ceux-ci manquant par exemple de génératrices, mais il importe de se mettre à la place des marchands qui doivent choisir le moindre de deux maux, expliquait ce matin Richard Darveau, porte-parole de l’AQMAT, à l’animateur Patrick Lagacé sur les ondes de la radio 98,5 : «C’est moins coûteux de perdre une vente par manque de marchandise que d’être pris avec un gros surplus d’inventaire saisonnier qui prend de la place et qu’il faut solder ».
Autrement dit, l’écosystème de la quincaillerie se trouve à un moment charnière de l’année : trop tard pour reconstituer massivement les stocks hivernaux, mais encore trop tôt pour être complètement passé au printemps.
Cela ne signifie pas que les consommateurs ne trouvent rien en magasin. Ni qu’ils seront nombreux à se déplacer à la quincaillerie aujourd’hui, justement en raison du mauvais temps.
L’offre peut donc varier d’un commerce à l’autre et les articles les plus populaires pourraient s’écouler rapidement si les conditions météorologiques se dégradent.
L’AQMAT recommande aux citoyens de vérifier leurs besoins le plus tôt possible plutôt que d’attendre à la dernière minute. Les quincailleries locales demeurent un point d’approvisionnement clé pour affronter les caprices de l’hiver québécois, mais leurs stocks ne sont pas illimités, ni leur gestion du risque financier et logistique !

La situation d’aujourd’hui rappelle à quel point les quincailleries jouent un rôle stratégique lors des épisodes météorologiques extrêmes. En plus de fournir les outils et produits nécessaires pour sécuriser les maisons et les accès, elles deviennent souvent un point de service essentiel pour les communautés.


