Depuis quelques années, le Québec vit une situation paradoxale. D’un côté, nous faisons face à une pénurie de main-d’œuvre qui freine la croissance de plusieurs entreprises. De l’autre, un phénomène beaucoup plus profond est en train de s’installer : le ralentissement démographique.
Pour une industrie comme la nôtre — la quincaillerie et les matériaux de construction — la démographie n’est pas une abstraction. Elle influence directement le nombre de logements construits, rénovés, entretenus et adaptés. Autrement dit, elle influence notre marché.
Et les signaux commencent à apparaître.
Un Québec qui vieillit… et qui croît moins vite
La réalité démographique du Québec est connue, mais ses conséquences économiques sont parfois sous-estimées.
Notre taux de fécondité tourne autour de 1,5 enfant par femme, bien en deçà du seuil nécessaire au renouvellement des générations. Pendant plusieurs années, la croissance de la population a été soutenue par l’immigration ainsi que par les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants internationaux.
Or, les règles entourant ces programmes se resserrent. Cela signifie que la croissance démographique pourrait ralentir plus vite que prévu.
Ce n’est pas un détail statistique. C’est un changement structurel.
Car dans notre secteur, la démographie est l’un des moteurs fondamentaux de la demande en habitation.
Moins de croissance démographique signifie généralement moins de pression sur la construction de nouveaux logements.
Le marché locatif donne déjà certains indices
Les économistes observent déjà certains signes de stabilisation dans le marché locatif. Lorsque le nombre de nouveaux arrivants ralentit, la demande pour les logements locatifs diminue généralement en premier.
Cela peut se traduire par :
- une stabilisation des loyers;
- une prudence accrue des investisseurs immobiliers;
- un ralentissement de certains projets résidentiels.
Or, les immeubles locatifs et les copropriétés représentent une part importante des projets qui alimentent la demande en matériaux, en outillage et en produits vendus par nos membres.
Autrement dit, lorsque ces projets ralentissent, l’ensemble de notre chaîne d’approvisionnement le ressent.
Moins de construction neuve… mais plus de rénovation ?
Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de notre industrie? Pas nécessairement. Car si la croissance du parc immobilier ralentit, une autre tendance pourrait prendre encore plus d’importance : la rénovation.
Le parc immobilier québécois vieillit. Beaucoup de maisons ont été construites il y a plusieurs décennies et nécessitent aujourd’hui des travaux d’entretien, d’amélioration énergétique ou d’adaptation.
À cela s’ajoute un autre phénomène démographique : le vieillissement de la population.
De plus en plus de Québécois choisiront probablement d’adapter leur maison plutôt que de déménager.
Cela pourrait soutenir la demande pour :
- la rénovation résidentielle;
- les matériaux de finition;
- les produits d’efficacité énergétique;
- les aménagements facilitant la mobilité et l’accessibilité.
Pour les membres de l’AQMAT, ce déplacement du marché pourrait devenir une réalité structurante.
Ce que la démographie pourrait signifier pour notre industrie
Pour simplifier les choses, voici quelques tendances possibles si la croissance démographique du Québec ralentit.
Facteur démographique | Ce qui se passe | Impact possible pour notre industrie |
Faible natalité | Population qui croît plus lentement | Moins de pression pour construire rapidement |
Vieillissement de la population | Hausse des 65 ans et plus | Demande accrue pour adapter les logements |
Resserrement de l’immigration temporaire | Moins de nouveaux arrivants locataires | Ralentissement possible du marché locatif |
Prudence des investisseurs | Projets immobiliers plus sélectifs | Croissance plus modérée des mises en chantier |
Parc immobilier vieillissant | Besoin d’entretien et de modernisation | Hausse de la rénovation |
Le marché pourrait évoluer d’une logique d’expansion vers une logique d’amélioration du parc existant.
Une industrie appelée à s’adapter
Pour nos marchands, fabricants et distributeurs, cela signifie que la croissance du secteur pourrait prendre une forme différente : moins de mégaprojets résidentiels; davantage de rénovations; plus d’adaptation des logements.
Et une importance croissante accordée à la durabilité et à l’efficacité énergétique.
La transformation ne sera pas brutale, mais elle pourrait s’installer progressivement au cours des prochaines années.
Dans un contexte où la main-d’œuvre est déjà rare, la productivité, l’innovation et l’adaptation deviendront encore plus importantes pour nos entreprises.
Une chose ne changera pas
Malgré ces transformations, une réalité demeure : l’habitation restera un pilier de l’économie québécoise.
Nous aurons toujours besoin de construire, de rénover, d’entretenir et d’améliorer nos logements.
La différence, c’est que la nature de cette demande pourrait évoluer.

Et pour l’industrie de la quincaillerie et des matériaux de construction, comprendre ces changements sera essentiel pour continuer à prospérer.
La démographie n’est peut-être pas le sujet le plus spectaculaire… mais elle est souvent celui qui finit par tout influencer.
Et notre industrie ne fera pas exception.


