Quincailleries en difficulté face au départ appréhendé de leurs employés immigrants

Lors de la première Pause-café de l’année, tenue virtuellement hier matin, deux marchands-propriétaires de quincailleries ont témoigné avec éloquence, chiffres et émotions de la crise appréhendée si elles perdent le personnel qu’elles ont fait venir de l’étranger.

Le webinaire de presqu’une heure, comptant 18 participants, animé par le président de l’AQMAT, Richard Darveau, a été axé sur les défis auxquels sont confrontées les entreprises en matière de rétention de travailleurs étrangers temporaires (TET) et les effets non seulement sur ces commerces et leurs employés, mais aussi sur toute la communauté où ils sont implantés.

Les deux situations décrites étaient similaires, ce qui ne surprend guère, car le problème est vécu sensiblement de la même manière par des milliers de PME et d’institutions québécoises qui bénéficient de 60 000 TET.

Le nœud du problème peut être résumé comme suit : le gouvernement fédéral a restreint à 10 % la proportion de TET et a réduit la durée des contrats à une seule année (au lieu de deux ou trois). Pour sa part, le Québec a restreint le processus simplifié à des emplois très spécialisés, catégories dans lesquels les travailleurs « ordinaires » qu’embauchent les quincailleries sont exclus.

Les conséquences des nouvelles normes sur les entreprises touchées vont prendre la forme de délais de plus en plus longs, des démarches de plus en plus chères, avec de moindres chances de conclusion positive, et donc, un risque accru que des postes demeurent vacants.

Il y a pire, les effets sont à domino, comme l’a illustré Isabelle Cormier, à la tête de deux quincailleries affiliées à BMR en Gaspésie, l’une à New Richmond, l’autre à Bonaventure.

Anick Rousseau, propriétaire de quatre quincailleries au Lac-Saint-Jean sous le nom de Rénomax et affiliées à Home Hardware, a souligné combien la pénurie de travailleurs locaux et le vieillissement de la population rendent plus difficile la recherche de candidats.

La discussion a également abordé l’intégration positive des travailleurs étrangers dans leurs communautés et la valeur qu’ils apportent aux économies locales, notamment grâce au témoignage de deux employés de ces commerces, tous deux d’origine tunisienne, ainsi que Johannie Boucher, directrice des ressources humaines chez J. Albert Cormier et Fils.

Voir et entendre ici Johannie Boucher au sujet de l’impact des employés étrangers sur le personnel existant et la communauté. 

 

 


Résultats de l’enquête sur l’embauche de travailleurs étrangers

Au préalable, Richard Darveau avait d’abord présenté une enquête sur l’impact des nouvelles règles limitant les travailleurs temporaires étrangers au Québec à laquelle avaient répondu 50 membres.

On note que 34 % des entreprises interrogées emploient plus de 10 % de TET, ce qui les place dans une position « hors-la-loi » si les nouvelles mesures ne sont pas modifiées sous la pression qui vient de partout sur les deux niveaux de gouvernement.

Le phénomène d’embauche de TET s’est accentué depuis la COVID, même depuis dix ans, si l’on en croit les répondants à l’enquête qui ont été 82 % à affirmer en embaucher de plus en plus.

Bon nombre des employeurs sont confrontés à des délais et à des coûts d’embauche indus. On parle ici de plus de six mois et de coûts dépassant facilement 5000 $ par employé.

La conversation a permis de comprendre que nos quincailleries en région n’ont tout simplement pas le choix d’embaucher à l’étranger pour demeurer à la hauteur des attentes de leurs clients en termes d’heures d’ouverture et d’expertise.

Défis régionaux de pénurie de main-d’œuvre

Mme Cormier, propriétaire d’entreprise de troisième génération, a souligné deux angles morts de la problématique.

Voir et entendre ici Isabelle Cormier, copropriétaire des BMR J. Albert Cormier.

D’une part, les gouvernements basent leurs règles de nombre d’immigrants sur le taux de chômage. Puisqu’il est élevé en Gaspésie, ils ferment bêtement la porte à l’embauche internationale. Mais dans les faits, il s’agit de chômage structurel provoqué par des industries saisonnières comme la forêt et la pêche, ressources qui ne viendront jamais travailler pour un commerce de détail.

D’autre part, elle a marqué les esprits en illustrant l’effet domino d’une baisse de régime de son commerce, voire de sa fermeture, sur tout un écosystème d’approvisionnement tissé très serré.

En bref, pour Mme Cormier, le problème n’est pas qu’économique, il est social et démographique.

L’expérience des immigrants au Québec

Bassem, employé du BMR, a parlé de son expérience en Gaspésie depuis plus d’un an. Il a exprimé son amour pour le mode de vie calme et l’accueil chaleureux de la population locale. Il travaille comme conducteur, livre du matériel et fournit des services internes, et il apprécie son travail.

 

Voir et entendre ici Bassem, un employé du BMR originaire de Tunisie.

 

 

Il était presque ironique de constater que pour la Jeannoise Anick Rousseau, région où le taux de chômage est au contraire très bas, les gouvernements coupent les mêmes accès à l’embauche internationale.

Mme Rousseau a dénoncé le nouveau système qui pourrait l’obliger à licencier non seulement les TET excédentaires au plafond de 10 %, mais tout le monde, puis de devoir ensuite ramener de Tunisie, à ses frais, les quelques-uns qui seraient acceptés.

 

Voir et entendre ici Anick Rousseau, propriétaire de quatre Home Hardware au Lac-Saint-Jean.

 

 

Haffed, un employé de ce Home Hardware a aussi témoigné de son expérience positive de s’installer en région, au Québec, avec sa famille, en soulignant le soutien de la communauté et les opportunités pour ses trois enfants.

Voir et entendre ici Haffed, un employé du Home Hardware Renomax à Roberval.

Soulignons que cette personne, qui travaille au service client et qui opérait sa quincaillerie auparavant dans son pays d’origine, est âgé de 44 ans, ce qui le défavorise aux yeux des critères gouvernementaux.

 

Et pourtant, comme Mme Rousseau en fait la remarque, on choisit délibérément des familles, c’est plus stable, plus porteur, mais les gouvernements ne considèrent pas cela.

Elle s’inquiète à voix haute : « Pour une région vieillissante comme le Lac-Saint-Jean, faire venir des couples avec des enfants, c’est encore une richesse qu’on ne doit pas regarder partir sans broncher! »

Prochaines étapes

Le président de l’AQMAT s’est engagé à supporter le recours collectif qui s’organise contre les mesures fédérales, tel que l’ont majoritairement souhaité les répondants à l’enquête.

Une lettre partira aujourd’hui ou lundi vers les ministres de l’Immigration des deux gouvernements ainsi que leurs collègues de portefeuille économique.

L’association entend faire du bruit via les médias également. Déjà ce matin, La Presse+, sous la plume de la journaliste Nathaëlle Morissette, signe un article coup de poing à lire ici.

M. Darveau participera aussi à l’émission À vos affaires sur les ondes de TVA ce soir.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *