De la Chine, on aime ses dumplings. On aime moins son dumping.
Depuis quelque temps, je sens monter une inquiétude bien réelle chez plusieurs de nos membres manufacturiers. Elle est légitime. La situation vécue récemment par Duchesne et Fils, une entreprise presque centenaire, n’est pas un simple accident de parcours. À mes yeux, elle révèle un déséquilibre plus profond qui fragilise notre industrie des matériaux de construction. Celui des prix artificiels.
Le débat de fond ne porte pas sur la capacité de nos entreprises à être performantes. Les fabricants d’ici savent innover, investir et livrer des produits de qualité. Le problème commence lorsque la concurrence ne se fait plus à armes égales.
Par exemple, le marché des clous en acier. Plus de 76 milles tonnes de clous et produits de quincaillerie similaires entrent par les ports de la Colombie-Britannique depuis le Pacifique, une valeur de plus de 170 millions $.
Clous et autres attaches et agrafes entrent sur notre marché à des prix anormalement bas, soutenus par des subventions étrangères et produits selon des normes sociales et environnementales qui ne sont pas comparables aux nôtres. Dès lors, on ne parle plus de concurrence saine. On ne réfère plus aux bases d’un capitalisme régulé. On parle de dumping.
Le Canada dispose pourtant des outils nécessaires pour agir. La Loi sur les mesures spéciales d’importation (LMSI) permet à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) d’enquêter sur des pratiques de dumping ou de subventionnement systémique. Et, lorsque le préjudice est démontré, notre gouvernement peut imposer des droits compensateurs; ces mécanismes sont déjà utilisés pour d’autres produits métalliques. Toutefois, dans le cas précis des clous, aucune enquête antidumping spécifique n’a encore été déclenchée.
L’affaiblissement d’un joueur local comme Duchesne met en péril des emplois régionaux, un savoir-faire industriel et notre autonomie d’approvisionnement.
D’autres juridictions ont choisi d’agir sur cette catégorie de produits de façon ciblée. Normal, un clou de mauvaise qualité peut être à la source d’incidents, voire d’accidents grave lorsqu’il s’agit de bâtiment.
Ainsi, aux États-Unis, un ordre antidumping visant les clous en acier en provenance de Chine est en vigueur depuis 2008 et a été reconduit à plusieurs reprises à la suite d’examens officiels. Les droits imposés varient selon les exportateurs, mais peuvent atteindre plus de 100 % de la valeur du produit, précisément pour neutraliser des écarts de prix jugés déloyaux.
En Europe, la Commission européenne applique depuis 2022 des droits antidumping définitifs sur diverses attaches en fer ou en acier provenant de Chine, avec des taux qui se situent généralement entre 22 % et 86 %, selon le type de produit et le fabricant.
Ces mesures ne visent pas à fermer les marchés. Elles servent à rétablir l’équité lorsque les règles du jeu sont faussées.
C’est exactement ce que je demande aujourd’hui.
Le gouvernement canadien doit déclencher rapidement une enquête antidumping spécifique sur les clous et les attaches, sous l’autorité de l’ASFC, et envisager des mesures provisoires pendant l’analyse, comme le permettent les règles commerciales internationales.
En parallèle, vous et moi pouvons aussi agir. J’invite aussi les quincailleries et leurs groupements d’achat ainsi que les entrepreneurs en rénovation et en construction à faire preuve d’un approvisionnement responsable, en tenant compte de l’origine et des conditions de fabrication des produits.
Les produits accrédités en vertu du programme « Bien fait ici », dont l’AQMAT est l’initiateur, doivent plus que jamais être privilégiés.
Car l’économie transactionnelle d’aujourd’hui, bien que tentante, pourrait représenter un fardeau financier – et social – lourd à porter pour les générations à venir.
S’il est vrai que le dumping ne détruit pas une industrie du jour au lendemain, il l’érode lentement, sûrement, malheureusement. Et c’est

pour cela qu’il faut agir maintenant — pendant qu’il en est encore temps : écrivons à nos députés et aux ministres, achetons le plus possible local.
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