La décision de restreindre drastiquement le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) frappe de plein fouet les entreprises québécoises. Les résultats de la récente consultation menée par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) sont sans équivoque : ces restrictions coûtent cher, très cher, à notre économie régionale et à la vitalité de nos entreprises; près de la moitié des entreprises interrogées anticipent des pertes de plus de deux millions de dollars au cours des deux prochaines années.
Selon Richard Darveau, président de l’AQMAT : « Restreindre le Programme des travailleurs étrangers temporaires, c’est fragiliser nos entreprises, nos régions et, ultimement, l’économie québécoise. Les employeurs ne demandent pas de l’aide financière : ils demandent de la main-d’œuvre pour continuer à créer de la valeur et à maintenir des emplois ici, au Québec. »
En moyenne, les changements au PTET entraînent une baisse de chiffre d’affaires de 6,5 % par entreprise. Derrière ces statistiques se cachent des réalités humaines et économiques bien concrètes : des travailleurs intégrés, formés et engagés qui doivent quitter leur emploi, et des entreprises qui perdent une expertise précieuse difficilement remplaçable.
Le cas de la quincaillerie Émile Bilodeau et Fils, en Beauce, cité dans un récent reportage de Radio-Canada, illustre parfaitement cette situation.
Des employés étrangers temporaires y occupent des postes essentiels, contribuent à la formation de nouveaux collègues et assurent la continuité des opérations. L’imposition d’une limite arbitraire de 10 % de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire force pourtant l’entreprise à se départir de ressources compétentes, au détriment de sa productivité et de sa capacité à servir sa clientèle.
Guy Cliche, président de la quincaillerie Émile Bilodeau et Fils affiliée à TIMBER MART : « Nous, ce qu’on demande au gouvernement, c’est pas compliqué. On ne demande pas d’argent. On demande de la main-d’œuvre. »
Contrairement à certaines perceptions, le recours au PTET n’est pas un choix de facilité, mais une réponse pragmatique à une pénurie de main-d’œuvre persistante. Les employeurs ne demandent ni subventions ni passe-droits : ils demandent simplement de pouvoir compter sur des travailleurs disponibles, motivés et déjà intégrés à leur milieu.
Les impacts dépassent largement le cadre de chaque entreprise. Près de 35 % des répondants estiment que la survie même de leur organisation est menacée, et plus de la moitié jugent leur région économiquement fragile sans un apport suffisant d’immigration temporaire et permanente. Ironiquement, ces restrictions risquent de provoquer des mises à pied de travailleurs québécois, faute de main-d’œuvre suffisante pour maintenir les opérations.
Mettre fin, de facto, au PTET tel que nous le connaissons constitue une décision déconnectée des réalités du terrain. Le Québec ne peut se permettre d’affaiblir ses entreprises locales au moment où elles luttent déjà pour demeurer compétitives. Il est urgent que les gouvernements revoient leur approche et adoptent des solutions souples, régionales et adaptées aux besoins réels de l’économie.



