Quand Hydro-Québec coupe l’herbe sous le pied des quincailleries

Hilo, filiale d’Hydro-Québec, continue d’usurper les marchés d’avenir pour les quincailleries, dont celui de la domotique, comme le prouve l’annonce d’un partenariat avec TELUS cette semaine.

TELUS et Hilo s’associent pour accompagner les Québécois dans le contexte de l’évolution de la maison connectée, intelligente et écoénergétique. Un projet pilote qui voit le jour à Québec combine ainsi les technologies de domotique et de sécurité de TELUS aux solutions de maison intelligente d’Hilo dans le but d’aider les consommateurs à gérer leur consommation d’électricité au quotidien et à réduire à la fois leur facture d’énergie et leur empreinte écologique.

Les personnes qui bénéficieront des services combinés d’Hilo et de TELUS profiteront de réductions de leur facture pouvant atteindre 315 $, soit trois mois de service à 0 $ avec TELUS et un crédit de 150 $ avec Hilo. À cela s’ajoutent les économies sur la facture d’électricité allant jusqu’à 15 % que permet la maison intelligente d’Hilo.

L’offre conjointe sera étendue à d’autres villes québécoises au cours des prochaines semaines.

En fait, Hilo a pour mission de développer des produits et services innovants à valeur ajoutée pour les clients, contribuant à inscrire Hydro-Québec comme un acteur majeur des nouveaux services énergétiques. En plus de la maison intelligente, la filiale annonce pour bientôt des services aux entreprises pour les aider à réduire les coûts liés à la consommation d’énergie et les émissions de GES. D’autres produits et services s’ajouteront de manière évolutive, notamment dans les secteurs de la mobilité électrique, du stockage intelligent et de l’autoproduction solaire.

La question que j’ose poser tout haut est la suivante : est-ce vraiment le rôle de l’État ou de ses créatures comme Hydro-Québec de faire du commerce ?

Tous les domaines où intervient Hilo sont porteurs d’avenir pour les quincailleries. On s’entend en effet pour imaginer que des départements technos sont appelés à se développer dans nos magasins étant donné que le concept de maison dite intelligente avance à grands pas.

Sur la plateforme Hilo en vente directe aux consommateurs, on retrouve par exemple des ampoules, des prises de courant, des thermostats, des détecteurs de fumée.

Tout le champ prometteur des bornes de recharge résidentielles pour voitures électriques semble devenir aussi l’apanage d’Hydro-Québec au détriment de l’intérêt des quincailleries, du moins si l’on se fie à ce que le site web de la société publique dévoile peu à peu. Ceci permet donc d’envisager deux scénarios aussi pessimistes l’un que l’autre pour nos gens : soit que l’offre d’Hydro-Québec en matière de bornes sera imbattable et nos BMR, Home Hardware et autres joueurs devront se contenter d’être spectateurs ; soit que certaines bannières décideront quand même d’offrir leurs gammes de produits, mais avec l’obligation de développer des offres concurrentielles à celles d’Hydro-Québec payées, elles, avec nos taxes et impôts.

Sur le site mère d’Hydro-Québec, c’est un peu différent. Des chauffe-eaux sont promus, mais on réfère les clients seulement à certaines bannières, en l’occurrence Canac, Réno-Dépôt et RONA. Pourquoi celles-là et pas les autres ? Y a-t-il eu appel d’offres public ? Sinon, pourquoi n’y en a-t-il pas eu ?

Qu’il soit clair que je suis heureux pour les fabricants de thermostats et autres éléments de la domotique, tous membres de l’AQMAT incidemment, qui profitent de l’offensive d’Hydro-Québec et qui voient en elle un excellent client en volume. Et je ne suis pas moins heureux pour TELUS, une firme de téléphonie, également membre de l’AQMAT, qui acquiert un partenaire à la hauteur de son ambition de diversification de services technologiques.

Mais je m’inquiète à savoir où Hydro-Québec tracera une ligne et s’arrêtera.

Autrement dit, si son offre de produits pour la maison continue de s’enrichir, c’est signe à l’horizon de pertes de marché pour nos commerces de détail.

C’est en imaginant cet avenir que j’ai utilisé en début de texte le verbe fort d’usurpation. Non pas que les quincailleries doivent bénéficier d’une quelconque protection ; on demeure dans un libre marché. Mais lorsque l’État indirectement investit et se déploie dans un marketing de produits qu’il serait pourtant logique de retrouver sur nos tablettes, je pense que le combat s’annonce à armes inégales.

Et je trouve cela non seulement injuste, mais déplacé. Surtout de la part de ce gouvernement caquiste qui se prétend non interventionniste.

Il aurait été plus sain de nous assoir à la table des alliances avec Hydro-Québec pour convenir d’un plan qui intègre à la fois nos manufacturiers et leur réseau de détaillants.

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