Notre avenir dans les mains des travailleurs immigrants et des 60 ans et plus

La crise démographique, c’est comme les changements climatiques: on nous casse les oreilles sur ces problèmes depuis deux décennies et pourtant, on ne s’y est presque pas préparés. Il faut maintenant faire face aux impacts socioéconomiques du vieillissement de la population pour pourvoir aux besoins du marché du travail à court terme. Deux solutions semblent encore à notre portée collective: d’une part, hausser les seuils d’immigration et augmenter l’afflux de travailleurs étrangers temporaires; d’autre part, stimuler l’emploi des groupes plus faiblement représentés sur le marché du travail, ou en voie de le quitter, notamment les 60 ans et plus.

Voilà le pronostic qui fait mal, qui nous réveille et qui nous oblige d’agir chacun dans nos organisations dès maintenant, mais aussi à la tête de nos États que le Centre sur la productivité et la prospérité rattaché aux HEC Montréal vient de rendre public avec la conclusion suivante: la province de Québec est confrontée à un problème de rareté de la main d’œuvre qui pourrait entraver sa reprise économique.

Le rapport intitulé Vieillissement démographique : solutions pour un Québec mal préparé provoque une réflexion de fond du côté des entreprises pour favoriser l’emploi des personnes d’autres pays, la venue de travailleurs temporaires et le maintien des travailleurs âgés.

Les auteurs supposent que des questions d’ordre financier ont pu favoriser la substitution des travailleurs âgés par des travailleurs plus jeunes, l’expérience étant généralement plus coûteuse pour les entreprises.

N’ayant pas saisi l’ampleur du choc à venir et en ayant été habituées à une offre de travail abondante, les entreprises auraient été incitées à renoncer à l’expérience au profit de la réduction des coûts. Faute d’être adéquatement préparées à travers la reconnaissance des travailleurs âgés, mais également en investissant, elles peineraient actuellement à juguler la réalité du plein emploi.

Mieux protégés et bénéficiant d’avantages importants au niveau de la retraite, les travailleurs de 60 ans, dans la majorité des conventions collectives, ont l’opportunité de se retirer plus tôt du marché de l’emploi, ce qui est clairement à leur avantage.

Idem pour la résistance ou du moins la négligence à regarder du côté des nouveaux arrivants et des programmes favorisant la venue de travailleurs temporaires de l’étranger. La grande majorité des opérateurs économiques d’ici n’ayant jamais été confrontés à une pénurie durable de la main-d’oeuvre, ils ne sont présentement pas équipés pour y faire face et se retrouvent en fait dans la posture de la victime.

Ce graphique montre que la part relative d’immigrants dits économiques est en baisse constante depuis 2012 alors que les prévisions démographiques auraient dû nous indiquer d’augmenter ces plafonds chaque année.

« Les milieux syndiqués public et privé ne semblent tout simplement pas s’être ajustés à la réalité du plein emploi, explique Jonathan Deslauriers, directeur exécutif au CPP et coauteur de l’étude. À preuve, plus de la moitié des conventions analysées ne présentent aucune clause visant à favoriser la rétention des travailleurs âgés. Et dans le reste de l’échantillon, les seules mesures destinées aux travailleurs âgés concernent la retraite progressive, un mécanisme qui conduit généralement les travailleurs vers une sortie du marché de l’emploi plutôt que de favoriser leur rétention. »

Ce graphique illustre que tant chez les travailleurs masculins que féminins, l’Ontario voisine affiche de meilleurs taux d’emploi qu’au Québec dans la tranche d’âge 60-69 ans.

En retraçant la genèse du phénomène de vieillissement démographique pour les fins de cette analyse, les auteurs estiment que la province devrait tirer des leçons de la gestion de cet enjeu. « A posteriori, nous constatons que le gouvernement du Québec n’a pas agi de manière proactive alors que l’enjeu de vieillissement était pourtant connu depuis longtemps », explique Robert Gagné, l’un des trois coauteurs.

Ancrées dans une logique de chômage élevé, les administrations qui se sont succédé au cours des décennies 2000 et 2010 n’ont pas suffisamment relevé les seuils d’immigration en prévision des besoins futurs du marché du travail. Résultat : la demande de travail excède désormais l’offre, un problème qui aurait pourtant pu être atténué si le bassin de travailleurs avait été bonifié en amont. « Coincé dans une logique de court terme pour un enjeu qui appelait une solution de long terme, le gouvernement s’est ainsi privé d’un important levier qui aurait pu l’aider à atténuer l’impact du vieillissement démographique. Compte tenu de la lenteur du processus et des enjeux d’arrimage sur le marché du travail, il est clair que l’immigration ne constituera qu’une infime partie de la solution de court terme », précise le directeur.

Une fois l’urgence de la situation constatée, le gouvernement du Québec a cherché à favoriser l’emploi des travailleurs âgés pour colmater la brèche qui était en train de se former sur le marché du travail. Des crédits fiscaux ont ainsi été proposés aux travailleurs âgés dès le début des années 2010 pour favoriser leur maintien à l’emploi, des mesures qui n’ont vraisemblablement pas produit les effets escomptés. « D’un côté, on peut douter que l’approche fiscale soit pleinement adaptée à la nature du problème, explique le directeur. En toute logique, les travailleurs qui basent leur décision de retraite sur des crédits fiscaux sont fort probablement peu nombreux. Mais plus important encore, le gouvernement du Québec n’a pas jugé utile de revoir ses propres politiques. À titre de plus grand employeur de la province, avec un effectif fortement syndiqué et majoritairement composé de natifs, il aurait pourtant pu prêcher par l’exemple en intégrant des mesures actives de rétention des travailleurs expérimentés dès le début des années 2010 », conclut le directeur.

 

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