Le grand patron de Saint-Gobain priorise la production nord-américaine et plus écologique

De retour de la COP26 à Glasglow, Benoit Bazin, grand patron de Saint-Gobain, entreprise française qui fêtera ses 360 ans d’existence, connue ici principalement sous la marque CertainTeed, se félicite de voir l’administration américaine réengagée dans la lutte contre le changement climatique.

« La France est certes le premier marché de Saint-Gobain en termes de chiffres d’affaires et d’effectifs, mais en termes de résultats, les États-Unis sont le premier pays», précise, non sans fierté, le directeur général du groupe qui emploie 15 000 personnes aux États-Unis et au Canada, réparties dans quelque 160 usines des deux pays. Des usines qui n’ont jamais cessé de tourner durant la pandémie, considérées comme « essentielles », souligne le leader du secteur de l’habitat y produit matériaux d’isolation, de toiture, de revêtement (siding), et des plaques de plâtre.

« Le marché américain représente aujourd’hui 16 % du chiffre d’affaires de Saint-Gobain, je veux qu’il dépasse les 20 % en 2025, ambitionne Benoit Bazin.

Depuis qu’il a pris les rênes du groupe en juillet dernier, le dirigeant de 52 ans a lancé un plan d’investissement de 400 millions de dollars sur quatre ans pour accroître la capacité de production de quatre sites aux États-Unis : celles d’isolants à Athens en Georgie et Chowchilla en Californie, celle de matériel de toiture également en Georgie, et un site de production de plaques de plâtre dans l’Arkansas, à proximité d’une carrière de gypse à ciel ouvert.

Plus de 6000 embauches en 2022

Ce « gros investissement de croissance » s’accompagnera d’embauches, précise Benoit Bazin. Plus de 6000 prévus l’an prochain, dont 2700 dans la construction. En produisant au plus près de ses clients, Saint-Gobain espère réduire encore, en pleine flambée des prix de l’énergie, les coûts de transports et les risques liés aux difficultés d’approvisionnement et d’acheminement des matériaux.

Les États-Unis construisent, en effet, à tour de bras pour satisfaire l’appétit retrouvé des Américains pour la maison individuelle. Malgré un léger fléchissement récemment en raison des coûts élevés des matériaux, notamment du bois et du cuivre, et de la pénurie de main-d’œuvre, les mises en chantier de logements s’élevaient à 1,52 million le mois dernier, contre un million en moyenne ces dix dernières années. « Après la COVID-19, tout le monde a envie d’être bien chez soi et d’avoir de la place pour le télétravail », soutient Benoit Bazin.

Efficacité d’exécution à l’américaine

Aller vite, c’est d’ailleurs la méthode de cet ancien joueur de hockey sur glace. La rapidité avec laquelle il avait négocié, il y a deux ans, le rachat du spécialiste américain de la plaque de plâtre Continental Building Products — en à peine deux mois — avait surpris tout le monde. « J’ai parlé au patron la première fois le 3 octobre pour lui dire que nous souhaitions acheter son entreprise et nous avons annoncé l’acquisition le 12 novembre. Le 13, j’ai visité les trois usines avec Mark Rayfield (le patron Amérique du Nord de Saint-Gobain, les deux hommes se connaissent depuis vingt ans), nous avons vu les deux tiers des employés, 48 heures après l’acquisition. » Benoit Bazin se dit très attaché à la vitesse et à la qualité d’exécution dont font preuve les Américains, « on avance, on ne gamberge pas, on ne se pose pas cinquante questions ».

 

Saint-Gobain reste encore un grand consommateur de gaz naturel. Mais en faisant le choix de s’approvisionner auprès des grands parcs d’éoliennes du Midwest, là où le groupe possède de nombreuses usines, 80 % de son électricité est aujourd’hui « verte » aux États-Unis — solaire compris. Restent encore quelques traces d’un passé moins vert. Saint-Gobain vient de conclure un accord financier de 34 millions de dollars pour indemniser les habitants d’une ville du Vermont. Une affaire de contamination chimique au PFAO par l’un de ses anciens sites de production de Téflon, fermé en 2002. Une transaction similaire a déjà été conclue dans l’État de New York et une autre est en cours de négociation dans le New Hampshire.

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