Impacts de la pandémie sur la chaîne d’approvisionnement dans la construction : possiblement pires dans l’avenir

L’Association des estimateurs et des économistes de la construction du Québec (AEÉCQ) avait invité hier le président de l’AQMAT et l’un de ses membres à exposer faits et opinions sur les impacts qu’a la pandémie sur la chaîne d’approvisionnement dans l’industrie de la construction. Voici de larges extraits de ce webinaire présenté à circuit fermé auquel assistaient près de 80 membres de cet organisme.

D’entrée de jeu, l’animateur Patrick Vallerand, président associé de Stratégia Conseil, a posé la question suivante aux deux panélistes: Quel impact a eu la pandémie sur les fournisseurs des matériaux de la construction en 2020?

Le président et chef de direction de l’AQMAT, Richard Darveau, a contextualisé la situation qui prévalait lors de la première vague: « Alors que les manufacturiers étaient déjà en pénurie de main-d’œuvre est survenu le blocage des voies ferrées par les Premières Nations et une grève de trois semaines au Port de Montréal. Notre chaîne d’approvisionnement en matériaux importés était donc affaiblie quand la pandémie nous est collectivement tombée dessus », résume-t-il.

« Personne à ce moment-là, se souvient M. Darveau, n’a pu imaginer que lorsque l’activité planétaire a ralenti, même stoppé, le bricolage, la rénovation, la construction, puis quelques semaines plus tard le jardinage allaient devenir si populaires. »

« Chez le consommateur confiné s’est donc éveillé un homo bricolus. Ne pouvant ni voyager ni aller dans les restaurants et vivant 24 heures sur 24 dans sa maison, il deviendra hyper actif dans la rénovation », ajoute-t-il.  Peu de gens ignoraient que ce phénomène allait perdurer jusqu’au printemps 2021.
– Richard Darveau

Au même moment en Chine, des centaines d’entreprises cessent leur production habituelle pour se lancer dans la fabrication de gels désinfectants, de masques et autres produits et accessoires servant à combattre la pandémie, illustre M. Darveau.

Pour le bois, les explications diffèrent un peu. L’explosion des prix et les retards d’approvisionnement en bois québécois, prend sa source dans un déséquilibre sans précédent entre l’offre et la demande, surtout en raison de la suractivité résidentielle aux États-Unis, un client friand du bois de chez nous en raison du taux de change, de la fiabilité de nos scieries et des qualités intrinsèques de nos récoltes, notamment attribuable au froid qui améliore la densité de la matière ligneuse.

En marge de la pandémie, le webinaire a abordé la variable des changements climatiques. Une illustration parmi d’autres: la semaine de froid intense au Texas à la mi-février qui ralentit encore aujourd’hui la vaste gamme de produits résidentiels assemblés ou manufacturés ici qui utilisent des polymères ou des monomères, dont les fabricants de peinture, de solvants, de colle et par extrapolation l’industrie des portes et fenêtres qui utilise les adhésifs pour l’étanchéité des produits. « Cela a eu un impact chez nous occasionnant la fermeture temporaire de 35 entreprises dans notre secteur d’activité », ajoute-t-il.

L’animateur Patrick Vallerand a demandé si les cas de forces majeures avaient le dos large pour justifier les retards et les coûts supplémentaires. Est-on dans une situation inflationniste?, a-t-il demandé.

M. Darveau anticipe une situation similaire avec une encore une hausse des prix: « Ça va rester chaud comme marché tout l’été et même au début de l’automne. L’an prochain, sérieusement, je prévois une baisse dramatique de l’activité de rénovation, les gens voulant alors sortir de chez eux. Baisse toutefois compensée par des chantiers publics institutionnels dopés par des investissements des gouvernements de tout niveau. »

Si en ce printemps 2021 l’achalandage demeure fort en quincaillerie, M. Darveau est d’avis que le maintien de prix trop élevés trop longtemps pourrait finir par casser le marché.

Manque de matériaux

Le directeur Construction- Immobilier, Développement et Construction chez Lowe’s Canada, Bernard Mercier, lui-même certifié AEÉCQ, a évoqué l’augmentation faramineuse du prix des matériaux, notamment la feuille de contreplaqué ou le bois d’œuvre dont le prix a triplé en l’espace d’un an. « La demande est tellement élevée, confie-t-il, que le stock s’envole dès qu’il arrive. On a des tablettes presque vides pour des produits comme les poutrelles, les chevrons, la laine de roche. »

La difficulté d’approvisionnement de certains produits est préoccupante, car elle exerce une pression sur la demande. « On essaie d’attirer la clientèle par des promotions dans nos circulaires, mais on doit leur dire qu’on ne peut pas offrir le barbecue ou le foyer extérieur en raison de contraintes de santé publique ou de transport. »

Pistes de solutions

M. Darveau préconise la création d’un indice multi-composite, genre de baromètre de prévision afin de guider les extracteurs de ressources et leurs transformateurs vers des quantités, des typologies de matériaux et des échéanciers qui répondent aux besoins du marché d’ici et à sa capacité de payer.

« Nous avons une belle occasion d’ajouter de la substance au Panier Bleu », de conclure M. Darveau, qui va discuter dans les semaines à venir du concept de circuits courts et solidaires d’approvisionnement avec différents partenaires potentiels. »

« Je pense que l’industrie dans son ensemble devient conscientisée au fait que la pandémie a révélé notre vulnérabilité, mais que celle-ci n’est pas une fatalité. On doit tenter de contrôler ce qui est à notre portée, car il y aura d’autres crises sociales, changements climatiques ou d’autres types de pandémies. »
– Richard Darveau

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