Le blogue de Richard


Les marchands RONA et ACE, deux ans après la transaction avec Lowe’s

Deux années se sont déjà écoulées depuis que RONA est passé dans les rangs de la multinationale Lowe’s. Hormis la politicaillerie et l’enflure médiatique autour de l’affaire, quelle est la réalité vécue par les fournisseurs et surtout, par les marchands affiliés ? De mes conversations avec les membres, voici le portrait que je dépeins de la situation actuelle.

Fournisseurs

Il est clair que toute grande entreprise comme Lowe’s vise à consolider ses sources d’approvisionnement. C’est le propre même de la croissance par acquisitions: plus on achète du volume auprès d’un même fabricant, meilleur sera notre prix d’achat de la marchandise, d’où des marges plus intéressantes et/ou des prix plus bas pour les consommateurs.

D’autre part, la leçon « Target » a été bien apprise: pour réussir au Canada et en particulier au Québec, une multinationale doit offrir des produits locaux. Il faut se rappeler que la maison est un bien relativement culturel, comportant son lot de régionalismes.

De ces faits, Lowe’s se doit d’avoir l’oreille ouverte à l’offre des produits québécois. Il s’avère que cette offre tient généralement la route sur le plan qualitatif. C’est une autre paire de manches pour l’aspect volume et productivité. Nos usines sont majoritairement de trop petite taille pour aspirer desservir l’ensemble du marché canadien de Lowe’s, encore moins son réseau américain.

Nos manufacturiers pédalent en ce moment pour pouvoir répondre au volume et aux normes de livraison de Lowe’s. Ils sont en pleine période d’adaptation. J’ai confiance que plusieurs gagneront des marchés pancanadiens, voire plus.

Marchands affiliés 

D’entrée de jeu, précisions que tout marchand compte d’abord sur lui-même pour assurer son fonctionnement et aspirer à un développement. Depuis mes dix années, j’ai vu des dizaines de commerces passer d’une bannière à une autre sans grand effet sur la clientèle ni sur la santé financière des entrepreneurs concernés. Je crois donc qu’on exagère souvent dans la presse l’effet que peut avoir une bannière sur un magasin donné.

Cela dit, l’achat de RONA par Lowe’s a généralement amélioré la situation des magasins affiliés. C’est ce que me disent les principaux intéressés.

À ma connaissance, aucun magasin ne considère que cette transaction lui a nuit; a contrario, la plupart considère qu’elle leur a été assez, voire très bénéfique.

Les marchands sont nombreux à percevoir des échos positifs de la transaction sur leurs clients. Ce n’est pas le cas pour tous, mais je dirais que la moitié a vu son offre de produits s’élargir, surtout du côté des quincailleries ACE.

Ce que les marchands disent apprécier en particulier, outre la sélection des produits, ce sont les rabais annuels que leur procurent leur affiliation ainsi que des coûts d’approvisionnement qui seraient plus concurrentiels que du temps où RONA était une entité à part.

Par contre, l’effet Lowe’s semble avoir des impacts négligeables à ce jour concernant l’achalandage et les ventes.

L’équipe de Lowe’s étant rompue à la réalité des centres de rénovation, ses programmes de marketing semblent répondre particulièrement bien aux attentes des affiliés qui offrent des matériaux.

Quant aux quincailleries du coin, j’ai l’impression que Lowe’s entend de plus en plus leur offrir de passer sous pavillon ACE pour mieux trouver chaussure à leur pied.

Bref, à ce stade de la relation, les marchands avancent avec confiance et se sentent peu menacés face à l’éventualité qu’une entreprise aussi géante que Lowe’s puisse poser des gestes contre leurs intérêts dans un avenir rapproché.

 

Richard Darveau

Président et chef de la direction

 


En prévision de la campagne électorale québécoise de l’automne

Notre gala se déroule cette année entre les Olympiques et les Oscars. Le monde du sport, l’univers du cinéma, ont plus de points communs avec nous qu’on pourrait le penser. S’il y a des Kim Boutin ou des Denis Villeneuve, c’est parce qu’avant eux, il y a eu des Gaétan Boucher et des Denis Arcand. (*)

Notre industrie a elle aussi grand besoin d’entreprises qui gagnent. Qui gagnent des acquisitions, qui gagnent la confiance de leurs clients, qui gagnent des fournisseurs exclusifs. Qui gagnent aussi des prix, comme ce soir.

C’est pourquoi je remercie chaque finaliste ce soir pour avoir osé affirmer haut et fort sa compétence. Oublions notre éducation judéo-chrétienne, ce n’est pas pêché de réussir et d’inspirer les autres à devenir meilleurs.

En tout cas, si le manque d’humilité était un péché mortel, ça ferait longtemps que vous auriez assisté à mes funérailles!

Notre industrie a aussi besoin d’être défendue, d’être promue.

C’est dans cette perspective qu’on s’est doté d’un Fonds de défense de 70 000 $, qu’on a ouvert une antenne à Ottawa et qu’on vient de démarrer une Commission des affaires socio-économiques.

Le mandat des quinze membres de la Commission : identifier des dossiers chauds qu’on pourrait mener collectivement avec plus de succès que si une bannière seule, un fabricant seul, tentait sa chance.

Cinq sujets me semblent particulièrement incidents et d’actualité considérant l’avènement de la prochaine campagne électorale au Québec. Les voici en decrescendo.

  • Il faut qu’on proagisse devant le spectre du plancher salarial à 15 $ l’heure.

On va intervenir pour que la hausse appréhendée de votre masse salariale soit compensée de manière à ne pas augmenter vos coûts globaux comme employeur. J’aimerais aussi tenter d’obtenir que les employés à temps partiel et les étudiants que vous embauchez ne soient pas assujettis à la même règle. Un genre de régime à deux vitesses, comme dans les restaurants.

  • L’AQMAT a un rôle à jouer face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

On vit une drôle d’époque. C’est presque le plein emploi et pourtant, nombre de jeunes, de nouveaux arrivants, de retraités sont sur le chômage. Il faut les attirer chez vous.

L’AQMAT aimerait faire la promotion du travail en quincaillerie avec l’appui des bannières. On se considère bien placé pour assurer une présence dans les salons de l’emploi.

Il faut que vous trouviez de meilleurs joueurs et que vous les gardiez ceux qui sont bons. On dirait que je suis en train de parler à Marc Bergevin! Je vous rappelle notre récente enquête : on a envoyé 40 consommateurs dans 40 centres de rénovation de bannières différentes. Un seul verdict: vos employés sont aimables, mais une fois sur trois, ils en connaissent moins que les consommateurs.

Avec des performances, comme ça, impossible de rivaliser avec les boutiques spécialisées ni avec Amazon. Et vous ne ferez pas la Coupe Stanley non plus! Utilisez donc notre Collège. On l’a créé pour s’attaquer à la non expérience client en quincaillerie.

  • On ne peut plus rester passifs devant la crise de la relève.

Sans programme pour aider la relève et le vendeur à financer leur transaction, vendre à la prochaine génération demeurera peu populaire. Et on va continuer de perdre des familles en affaires.

Je pense que l’AQMAT doit intervenir avec plus d’information, plus de formation auprès de ses membres, mais aussi en forçant les partis politiques à proposer des solutions fiscales ou autres devant cette attrition de notre patrimoine entrepreneurial.

  • Le gouvernement, quel qu’il soit, doit continuer de stimuler la construction et la rénovation résidentielle par un crédit d’impôt ou autrement.

RénoVert, qui se termine à la fin du mois, aura incité près d’un propriétaire sur deux qui a eu recours à un entrepreneur, à devancer ses travaux et à dépenser presque 2 000 dollars de plus que prévu pour améliorer l’efficacité énergétique des maisons.

On aimerait que les propriétaires non occupants de duplex, triplex et quadruplex soient inclus dans la prochaine mesure gouvernementale.

On veut que les produits qualifiés par d’autres homologations que Energy Star ou Green Guard puissent aussi être reconnus.

Et on prône pour une simplification des procédures au niveau du consommateur désireux de bénéficier d’un crédit d’impôt.

  • Le temps est venu de promouvoir l’achat de produits résidentiels fabriqués au Québec.

L’AQMAT vient d’obtenir le feu vert de la chaîne de télévision V pour présenter une série télé où sera mis en chantier un duplex conçu presque exclusivement de produits québécois, peu importe qu’il s’agisse d’entreprises québécoises, canadiennes ou étrangères.

Nous aimerions qu’une campagne dans les quincailleries des bannières qui voudront bien devenir nos partenaires puisse être menée en parallèle à l’émission pour promouvoir les matériaux faits dans des usines au Québec.

Je termine en remerciant les membres du conseil d’administration et l’ensemble de la communauté d’affaires pour ces dix ans de confiance et j’espère, pour de nombreuses années à venir.

(*) Extraits de l’allocution prononcée au 6e Gala Reconnaissance AQMAT  (3 mars 2018, Québec)

 



Noël, prise 2

La direction des magasins Home Hardware a eu raison de rappeler l’AQMAT à l’ordre à la suite d’un récent article témoignant que les quincailleries et les centres de rénovation connaissaient en général un mauvais mois de décembre par rapport à l’ensemble du commerce de détail. Notre article intitulé « Les quincailleries, encore parents pauvres à Noël » dénonçait que trop peu de nos magasins se montrent créatifs quand arrivent les Fêtes.

La variable mix de produits avait été oblitérée de notre article. Plusieurs Home Hardware et c’est aussi vrai pour d’autres magasins de quartier affichent un mois de décembre tout à fait honorable. Jamais la cohue comme dans les boutiques d’électronique, de jeux ou dans les librairies, mais parfois, les ventes se classent dans les trois meilleurs mois de l’année.
 

Crédit : Rachel Levy

La réponse se trouve un peu dans la déco de la quincaillerie et une certaine ambiance créée pour Noël, mais surtout dans le fait que ces marchands ont choisi de tenir des produits que les consommateurs ont le goût d’offrir en cadeau.

 
Décembre pourrait être wow sur le plan des ventes en quincaillerie et servir la fidélisation qu’on recherche de la part des consommateurs en équilibrant un inventaire de cadeaux potentiels et un esprit festif.
 
Le meilleur exemple que j’ai trouvé est loin d’ici. Dans la ville de Boulder au Colorado, où, comme le titrait le site inc.com, cette quincaillerie accomplit ce que Amazon ne peut pas faire : un vrai Père Noël, un décor de rêve et un joueur de harpe dans les allées.
 

L’idée poursuivie chez McGuckin Hardware  consiste à se donner des airs de Disneyland. Ou de pub irlandais. En fait, de créer un décor fantaisiste selon l’humeur du propriétaire de 62 ans et celle qu’il devine chez sa clientèle.

 

Crédit : Rachel Levy

Tout a commencé fin octobre. Dix des employés du magasin de 5000 pi ca ont remisé barbecue, ventilateurs et tondeuses pour faire place à des casse-noisettes allemands et géants, des poupées russes et un set-up de la Nativité. Le personnel revêt des tenues de lutins.

Pour cet affilié à ACE, le chemin est tout tracé pour compétitionner Amazon : aller vers le réel pendant que l’autre se campe dans le virtuel.

La famille High qui possède McGuckin va jusqu’à encourager les artisans locaux en créant des ateliers de fabrication de “snow globes”, vous savez, ce genre de décorations kitch, mais toujours populaires, où des éléments bougent quand on leur tourne la tête à l’envers. Des échantillons de nourriture festive et locale sont offerts aux clients. Et une foule d’autres animations permettant de positionner un simple magasin de clous et de gypses en une destination divertissante, pertinente, unique, intégrée à sa communauté.

Crédit : Rachel Levy

Lecteurs et lectrices, n’hésitez pas à me faire parvenir des photos et des histoires de votre créativité en ce début des Fêtes, et nous en parlerons avec plaisir !

Que ces Fêtes soient non seulement réjouissantes, mais aussi sources de revenus ponctuels tout à fait les bienvenus !

 


Mise à jour économique… ou politique?

L’AQMAT a passé au tamis les mesures annoncées hier par le ministre des Finances du Québec comme mes ancêtres abitibiens et orpailleurs cherchaient des trésors. Et comme eux, j’ai trouvé peu ou pas de trésors.

Si on résume ce qui nous touche, nous, dans l’ordre, gens du commerce, de la fabrication et de l’habitation, qu’est-ce que je trouve dans mon chapeau chinois renversé?

La diminution du poids fiscal sur les épaules des citoyens peut certainement avoir ses avantages quand on les considère comme des consommateurs. Ce qu’ils sont aussi.

La baisse d’un point du premier échelon d’imposition – lequel passe à 15 % pour la première fois depuis trente ans – représente une décision aux impacts positifs à la fois économiques et démocratiques.

Je suis de l’école qui croit encore que l’impôt sur le revenu est plus équitable que les taxes sur la consommation. Une famille nombreuse, mais pauvre, achètera plus de produits qu’un individu riche et sans enfants. De ce fait, en volume, elle paiera plus de taxes, même si celles-ci étaient moins chères, car elles seraient moins chères pour tous. En revanche, cette même famille verra son revenu disponible grimper si on lui fait bénéficier d’un impôt moins élevé. Chapeau, monsieur Leitao!

Deuxièmement, l’amorce d’une offensive sérieuse pour lutter contre la pauvreté doit être saluée. Plus de citoyens pouvant sortir la tête de l’eau et passer en mode vie plutôt que survie, mieux se porteront, par à-coup, nos commerces.

Dans la même veine, il est à souhaiter que le gouvernement fédéral adopte tel qu’attendue une stratégie nationale sur le logement l’engageant financièrement afin que soient érigés les dizaines de milliers d’appartements sociaux que nécessitent les plus démunis.

Le dessert de la mise à jour gouvernementale concerne l’accès à Internet, et en particulier à la haute vitesse.

Plusieurs de nos entreprises membres souffrent de connexions trop lentes. Pire, la dernière enquête de l’Institut de la statistique du Québec nous révèle que 11,8 % des ménages ne bénéficient pas encore d’un branchement à Internet! *

L’ajout de 367 millions au programme existant devrait permettre à plus de 90 % des Québécois d’avoir accès à Internet très haute vitesse d’ici cinq ans. Suis-je seul à être dérangé par toute cible inférieure à 100 % en cette ère où vivre sans Internet s’apparente presque à être privé de parler, d’entendre et d’écrire?

Tant qu’à présenter une mise à jour économique à saveur politique, je serais d’avis de conseiller au ministre d’élever ses ambitions dans la préparation de son prochain budget…

 

* Référence



La renégociation du chapitre 19 de l’ALENA et son impact sur notre industrie

Plus ou moins officiellement aujourd’hui démarre la renégociation forcée de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). L’un des chapitres que veut annuler notre puissant voisin est le numéro 19 portant sur les mécanismes pouvant régler des divergences entre deux ou trois des parties signataires. Or, deux secteurs de notre industrie, le bois d’œuvre et le gypse, sont interprétés de manière différente de part et d’autre de la frontière canado-américaine. (suite…)


Le défi de la juste charge

C’est l’été. Les vacances. De retour d’un hiking dans les montagnes corses au moment où la Banque du Canada engendre une remontée en chaîne des coûts d’emprunt.  (suite…)



RONA, les raccourcis journalistiques et les modèles mentaux

L’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT) a rendu publics, cette semaine, les résultats d’une importante enquête confirmant que le mouvement de consolidation qui sévit dans notre industrie entraîne un lot d’effets secondaires sur les usines québécoises.
(suite…)