Le blogue de Richard


Si tous les voyages forment la jeunesse, certains perfectionnent les managers

C’est bien la première fois que je parlerai de mes vacances dans un espace dédié au travail. Trop bouleversant a été ce mois dans la province chinoise du Yunnan pour que je le taise. Pour que je ne partage mes réflexions qu’avec moi-même.

Je reviens au pays doublement amendé. D’abord, parce que je me sens différent d’avant. Ensuite, amendé dans le sens de l’expression « faire amende honorable ».

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Ce voyage m’a changé. J’ai toujours cru être ponctuel, discipliné, loyal à mes convictions, disponibles aux autres. Des maîtres en la matière ai-je rencontré là-bas.

Une anecdote parmi cent qui me sont arrivées : ça cogne à ma porte vers 22 heures. Une dame presque en pleurs. À coups d’apps de traduction – car exit l’anglais ou le français, l’univers est chinois et se suffit à lui-même – on finit par se comprendre : elle ne peut hélas nous dire adieu demain à notre départ après cinq jours à cette auberge où elle a été notre contact. Elle assimile son absence à de la trahison à l’égard de notre relation et se confond en excuses tout en présentant un sac de noix qu’elle est allée cueillir dans l’arbre de la maison familiale au village.

Tout est résumé. Sans poursuivre d’autres intérêts que celui d’une relation authentique et respectueuse envers soi et l’autre, les Chinois rencontrés tous les jours du voyage se comportaient ainsi, à quelques degrés de déclinaison près.

On nous donne rendez-vous à 10 heures, il nous attendra au lieu convenu bien avant l’heure, jamais après.

J’étais trop indulgent, ponctuel, je serai plus exigeant envers moi et les autres.

On s’entend sur un prix, il sera respecté au yuan près, voire négocié à la baisse, mais jamais de contre-surprises.

Réputé intègre, je reviens au boulot avec une plus grande conviction encore de la nécessité de se respecter.

On tente un pourboire, on se fait regarder de travers, comme si on venait un peu de salir le moment partagé.

Tout n’est pas monnayable, surtout pas nos valeurs.

Je n’ai jamais travaillé pour l’appât du gain, plutôt motivé à rendre service, à tenter d’être utile. Cette nation est ainsi faite : sa prochaine domination sur le monde entier me semble attribuable à une force zen telle l’eau, anodine si on s’en tient à son apparence molle, mais puissante comme le long Yang Tsé sans en avoir l’air.

La mentalité chinoise est fondée sur les vertus de la résilience, sa confiance s’est forgée au fait de n’avoir jamais été conquise, à l’exception de l’invasion mongole, naguère.

Une quincaillerie du Yunnan :  » L’étalage des produits de manière aérée avec des aires de circulation stratégiques, des bouts d’allées marketing, pas vraiment la tasse de thé des Chinois, semble-t-il. »

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Propre, affairée, besogneuse, concentrée, la Chine m’a aussi frappé par son avancée technologique.

Le 4G même sur la Grande Muraille alors que des pans de Lévis attendent encore l’arrivée de l’Internet haute-vitesse.

On a pris cinq vols domestiques. Chaque fois, à l’intérieur de maximum vingt-cinq minutes, tout était réglé : accueil, émission des billets, pesée et prise en charge des bagages, contrôle de la température corporelle et des objets interdits sur soi, etc. Cycle qui nous bouffe facilement 1 h 30 à 2 heures ici. Et chaque fois, l’avion décollait à la minute près pour atterrir à l’heure supposée à la minute près.

La signalisation interactive dans les métros et les trains a pour effet que même un non-parlant mandarin sait toujours où il est, ce qui s’en vient et les options possibles grâce à de l’information en temps réel tant visuelle que sonore. Et que dire de l’esthétisme : la ligne rose – car eux, ils l’ont déjà ! – elle est bel et bien rose, des wagons jusqu’au moindre accessoire.

Mais le top du top, c’est le WeChat : une version 8.0 de Facebook qui semble néanderthalien en comparaison. Dans la plus reculée boutique d’un village jusqu’au musée des plus moderne, l’application est utilisée pour payer toute facture, même à crédit automatique, obtenir de l’information sur un produit ou un service par codes QR, servir de GPS, de téléphone, de caméra, de vidéo, etc. Avec un milliard d’usagers et une interface multilangues, WeChat a pour effet qu’on reconnaît un étranger en Chine parce qu’il transige encore avec de l’argent papier ou des cartes de crédit en plastique.

« Chez les Yi, une des 55 ethnies minoritaires reconnues en Chine : les règlements sur le chauffage au bois à l’intérieur semblent assez relax. Cliquez sur l’image pour voir la vidéo.»

 

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Si on excepte l’incontournable arrêt à Beijing, un mois ou presque, sans voir un seul blanc (que les Chinois appellent les grands nez), un mois d’immersion chez les paysans hors du tourisme et du monde des affaires, près des ethnies minoritaires surtout, un mois certes submergé de beauté avec cette muraille, des temples, de la nourriture quasi céleste, et par-dessus tout, entouré de bonté et de sérénité, ça réforme un manager.

À tout seigneur tout honneur, je termine avec cette sagesse de Sun Tsu, auteur de «L’art de la guerre » et l’un des membres du trio éternel qui vécut dans le même pays à la même période il y a 2500 ans (les autres étant Confucius et Lao Tseu) :

« Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue : la doctrine, le temps, l’espace, le commandement, la discipline. Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. »

Les murs des maisons au Yunnan sont généralement faits de matériaux agglomérés avec de la boue… ou de la bousse! Ça fait très joli… et ça ne sent pas.

 

« Toutes les toitures des habitations, vieilles de mille ans ou en construction, suivent le même patron. Appréciez le bout de poutre sculpté. »

 

Difficile de résister de se mettre à table avec une entrée aussi design, mais défendu d’appeler ceci des pas japonais, car les Chinois ont la mémoire longue depuis la Deuxième guerre mondiale.

 

Quelqu’un rafistolerait un mur ainsi au Québec et on rirait de lui alors que là-bas, c’est non seulement acceptable, c’est super joli!

Chaque maison comporte sa propre « court yard » ou cour intérieure, souvent dotée, comme ici, d’un bassin où se plaisent des carpes japonaises, mais dont il faut encore taire l’origine.

Comme on le voit sur la vidéo (cliquez sur l’image), les travailleurs de la construction sont autant des travailleuses.

Un voyage sans guide, sans parler la langue, au bout du monde, c’est aussi l’occasion de pousser ses propres limites, comme déguster des scorpions bien frais.


Les marchands RONA et ACE, deux ans après la transaction avec Lowe’s

Deux années se sont déjà écoulées depuis que RONA est passé dans les rangs de la multinationale Lowe’s. Hormis la politicaillerie et l’enflure médiatique autour de l’affaire, quelle est la réalité vécue par les fournisseurs et surtout, par les marchands affiliés ? De mes conversations avec les membres, voici le portrait que je dépeins de la situation actuelle. (suite…)


En prévision de la campagne électorale québécoise de l’automne

Notre gala se déroule cette année entre les Olympiques et les Oscars. Le monde du sport, l’univers du cinéma, ont plus de points communs avec nous qu’on pourrait le penser. S’il y a des Kim Boutin ou des Denis Villeneuve, c’est parce qu’avant eux, il y a eu des Gaétan Boucher et des Denis Arcand. (*)

Notre industrie a elle aussi grand besoin d’entreprises qui gagnent. Qui gagnent des acquisitions, qui gagnent la confiance de leurs clients, qui gagnent des fournisseurs exclusifs. Qui gagnent aussi des prix, comme ce soir.

C’est pourquoi je remercie chaque finaliste ce soir pour avoir osé affirmer haut et fort sa compétence. Oublions notre éducation judéo-chrétienne, ce n’est pas pêché de réussir et d’inspirer les autres à devenir meilleurs.

En tout cas, si le manque d’humilité était un péché mortel, ça ferait longtemps que vous auriez assisté à mes funérailles!

Notre industrie a aussi besoin d’être défendue, d’être promue.

C’est dans cette perspective qu’on s’est doté d’un Fonds de défense de 70 000 $, qu’on a ouvert une antenne à Ottawa et qu’on vient de démarrer une Commission des affaires socio-économiques.

Le mandat des quinze membres de la Commission : identifier des dossiers chauds qu’on pourrait mener collectivement avec plus de succès que si une bannière seule, un fabricant seul, tentait sa chance.

Cinq sujets me semblent particulièrement incidents et d’actualité considérant l’avènement de la prochaine campagne électorale au Québec. Les voici en decrescendo.

  • Il faut qu’on proagisse devant le spectre du plancher salarial à 15 $ l’heure.

On va intervenir pour que la hausse appréhendée de votre masse salariale soit compensée de manière à ne pas augmenter vos coûts globaux comme employeur. J’aimerais aussi tenter d’obtenir que les employés à temps partiel et les étudiants que vous embauchez ne soient pas assujettis à la même règle. Un genre de régime à deux vitesses, comme dans les restaurants.

  • L’AQMAT a un rôle à jouer face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

On vit une drôle d’époque. C’est presque le plein emploi et pourtant, nombre de jeunes, de nouveaux arrivants, de retraités sont sur le chômage. Il faut les attirer chez vous.

L’AQMAT aimerait faire la promotion du travail en quincaillerie avec l’appui des bannières. On se considère bien placé pour assurer une présence dans les salons de l’emploi.

Il faut que vous trouviez de meilleurs joueurs et que vous les gardiez ceux qui sont bons. On dirait que je suis en train de parler à Marc Bergevin! Je vous rappelle notre récente enquête : on a envoyé 40 consommateurs dans 40 centres de rénovation de bannières différentes. Un seul verdict: vos employés sont aimables, mais une fois sur trois, ils en connaissent moins que les consommateurs.

Avec des performances, comme ça, impossible de rivaliser avec les boutiques spécialisées ni avec Amazon. Et vous ne ferez pas la Coupe Stanley non plus! Utilisez donc notre Collège. On l’a créé pour s’attaquer à la non expérience client en quincaillerie.

  • On ne peut plus rester passifs devant la crise de la relève.

Sans programme pour aider la relève et le vendeur à financer leur transaction, vendre à la prochaine génération demeurera peu populaire. Et on va continuer de perdre des familles en affaires.

Je pense que l’AQMAT doit intervenir avec plus d’information, plus de formation auprès de ses membres, mais aussi en forçant les partis politiques à proposer des solutions fiscales ou autres devant cette attrition de notre patrimoine entrepreneurial.

  • Le gouvernement, quel qu’il soit, doit continuer de stimuler la construction et la rénovation résidentielle par un crédit d’impôt ou autrement.

RénoVert, qui se termine à la fin du mois, aura incité près d’un propriétaire sur deux qui a eu recours à un entrepreneur, à devancer ses travaux et à dépenser presque 2 000 dollars de plus que prévu pour améliorer l’efficacité énergétique des maisons.

On aimerait que les propriétaires non occupants de duplex, triplex et quadruplex soient inclus dans la prochaine mesure gouvernementale.

On veut que les produits qualifiés par d’autres homologations que Energy Star ou Green Guard puissent aussi être reconnus.

Et on prône pour une simplification des procédures au niveau du consommateur désireux de bénéficier d’un crédit d’impôt.

  • Le temps est venu de promouvoir l’achat de produits résidentiels fabriqués au Québec.

L’AQMAT vient d’obtenir le feu vert de la chaîne de télévision V pour présenter une série télé où sera mis en chantier un duplex conçu presque exclusivement de produits québécois, peu importe qu’il s’agisse d’entreprises québécoises, canadiennes ou étrangères.

Nous aimerions qu’une campagne dans les quincailleries des bannières qui voudront bien devenir nos partenaires puisse être menée en parallèle à l’émission pour promouvoir les matériaux faits dans des usines au Québec.

Je termine en remerciant les membres du conseil d’administration et l’ensemble de la communauté d’affaires pour ces dix ans de confiance et j’espère, pour de nombreuses années à venir.

(*) Extraits de l’allocution prononcée au 6e Gala Reconnaissance AQMAT  (3 mars 2018, Québec)

 



Noël, prise 2

La direction des magasins Home Hardware a eu raison de rappeler l’AQMAT à l’ordre à la suite d’un récent article témoignant que les quincailleries et les centres de rénovation connaissaient en général un mauvais mois de décembre par rapport à l’ensemble du commerce de détail. Notre article intitulé « Les quincailleries, encore parents pauvres à Noël » dénonçait que trop peu de nos magasins se montrent créatifs quand arrivent les Fêtes.

La variable mix de produits avait été oblitérée de notre article. Plusieurs Home Hardware et c’est aussi vrai pour d’autres magasins de quartier affichent un mois de décembre tout à fait honorable. Jamais la cohue comme dans les boutiques d’électronique, de jeux ou dans les librairies, mais parfois, les ventes se classent dans les trois meilleurs mois de l’année.
 

Crédit : Rachel Levy

La réponse se trouve un peu dans la déco de la quincaillerie et une certaine ambiance créée pour Noël, mais surtout dans le fait que ces marchands ont choisi de tenir des produits que les consommateurs ont le goût d’offrir en cadeau.

 
Décembre pourrait être wow sur le plan des ventes en quincaillerie et servir la fidélisation qu’on recherche de la part des consommateurs en équilibrant un inventaire de cadeaux potentiels et un esprit festif.
 
Le meilleur exemple que j’ai trouvé est loin d’ici. Dans la ville de Boulder au Colorado, où, comme le titrait le site inc.com, cette quincaillerie accomplit ce que Amazon ne peut pas faire : un vrai Père Noël, un décor de rêve et un joueur de harpe dans les allées.
 

L’idée poursuivie chez McGuckin Hardware  consiste à se donner des airs de Disneyland. Ou de pub irlandais. En fait, de créer un décor fantaisiste selon l’humeur du propriétaire de 62 ans et celle qu’il devine chez sa clientèle.

 

Crédit : Rachel Levy

Tout a commencé fin octobre. Dix des employés du magasin de 5000 pi ca ont remisé barbecue, ventilateurs et tondeuses pour faire place à des casse-noisettes allemands et géants, des poupées russes et un set-up de la Nativité. Le personnel revêt des tenues de lutins.

Pour cet affilié à ACE, le chemin est tout tracé pour compétitionner Amazon : aller vers le réel pendant que l’autre se campe dans le virtuel.

La famille High qui possède McGuckin va jusqu’à encourager les artisans locaux en créant des ateliers de fabrication de “snow globes”, vous savez, ce genre de décorations kitch, mais toujours populaires, où des éléments bougent quand on leur tourne la tête à l’envers. Des échantillons de nourriture festive et locale sont offerts aux clients. Et une foule d’autres animations permettant de positionner un simple magasin de clous et de gypses en une destination divertissante, pertinente, unique, intégrée à sa communauté.

Crédit : Rachel Levy

Lecteurs et lectrices, n’hésitez pas à me faire parvenir des photos et des histoires de votre créativité en ce début des Fêtes, et nous en parlerons avec plaisir !

Que ces Fêtes soient non seulement réjouissantes, mais aussi sources de revenus ponctuels tout à fait les bienvenus !

 


Mise à jour économique… ou politique?

L’AQMAT a passé au tamis les mesures annoncées hier par le ministre des Finances du Québec comme mes ancêtres abitibiens et orpailleurs cherchaient des trésors. Et comme eux, j’ai trouvé peu ou pas de trésors.

Si on résume ce qui nous touche, nous, dans l’ordre, gens du commerce, de la fabrication et de l’habitation, qu’est-ce que je trouve dans mon chapeau chinois renversé?

La diminution du poids fiscal sur les épaules des citoyens peut certainement avoir ses avantages quand on les considère comme des consommateurs. Ce qu’ils sont aussi.

La baisse d’un point du premier échelon d’imposition – lequel passe à 15 % pour la première fois depuis trente ans – représente une décision aux impacts positifs à la fois économiques et démocratiques.

Je suis de l’école qui croit encore que l’impôt sur le revenu est plus équitable que les taxes sur la consommation. Une famille nombreuse, mais pauvre, achètera plus de produits qu’un individu riche et sans enfants. De ce fait, en volume, elle paiera plus de taxes, même si celles-ci étaient moins chères, car elles seraient moins chères pour tous. En revanche, cette même famille verra son revenu disponible grimper si on lui fait bénéficier d’un impôt moins élevé. Chapeau, monsieur Leitao!

Deuxièmement, l’amorce d’une offensive sérieuse pour lutter contre la pauvreté doit être saluée. Plus de citoyens pouvant sortir la tête de l’eau et passer en mode vie plutôt que survie, mieux se porteront, par à-coup, nos commerces.

Dans la même veine, il est à souhaiter que le gouvernement fédéral adopte tel qu’attendue une stratégie nationale sur le logement l’engageant financièrement afin que soient érigés les dizaines de milliers d’appartements sociaux que nécessitent les plus démunis.

Le dessert de la mise à jour gouvernementale concerne l’accès à Internet, et en particulier à la haute vitesse.

Plusieurs de nos entreprises membres souffrent de connexions trop lentes. Pire, la dernière enquête de l’Institut de la statistique du Québec nous révèle que 11,8 % des ménages ne bénéficient pas encore d’un branchement à Internet! *

L’ajout de 367 millions au programme existant devrait permettre à plus de 90 % des Québécois d’avoir accès à Internet très haute vitesse d’ici cinq ans. Suis-je seul à être dérangé par toute cible inférieure à 100 % en cette ère où vivre sans Internet s’apparente presque à être privé de parler, d’entendre et d’écrire?

Tant qu’à présenter une mise à jour économique à saveur politique, je serais d’avis de conseiller au ministre d’élever ses ambitions dans la préparation de son prochain budget…

 

* Référence



La renégociation du chapitre 19 de l’ALENA et son impact sur notre industrie

Plus ou moins officiellement aujourd’hui démarre la renégociation forcée de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). L’un des chapitres que veut annuler notre puissant voisin est le numéro 19 portant sur les mécanismes pouvant régler des divergences entre deux ou trois des parties signataires. Or, deux secteurs de notre industrie, le bois d’œuvre et le gypse, sont interprétés de manière différente de part et d’autre de la frontière canado-américaine. (suite…)


Le défi de la juste charge

C’est l’été. Les vacances. De retour d’un hiking dans les montagnes corses au moment où la Banque du Canada engendre une remontée en chaîne des coûts d’emprunt.  (suite…)